Amours contrariées.1825

amours

création : 05/12/2015

dernière mise à jour : 02/02/2016

                          DES AMOURS CONTRARIEES

 

    Depuis la promulgation du Code civil des Français ( dit Code Napoléon) en Ventôse an XI ( mars 1803), il n'était pas facile pour des jeunes gens de se marier sans l'accord des parents. Voici pour témoignage, les démarches faites en 1825 par Catherine Sophie Rosalie Cachot de Dampierre lès Conflans pour pouvoir épouser Nicolas Py du même village.

Tout d'abord, un rappel des dispositions du Code civil en vigueur à l'époque :

 

Article 148 : Le fils qui n'a pas atteint l'âge de 25 ans accomplis, la fille qui n'a pas atteint l'âge de 21 ans accomplis ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs père et mère : en cas de dissentiment, le consentement du père suffit.

Article 151 : Les enfants ayant atteint la majorité fixée par l'article 148, sont tenus, avant de contracter mariage, de demander, par un acte respectueux et formel, le conseil de leur père et mère...

Article 152 : Depuis la majorité fixée par l'article 148, jusqu'à l'âge de 30 ans accomplis pour les fils et 25 ans accomplis pour les filles, l'acte respectueux prescrit par l 'article précédent et sur lequel il n'y aurait pas de consentement au mariage, sera renouvelé deux autres fois de mois en mois, et un mois après le troisième acte, il pourra être passé outre à la célébration du mariage.

Article 153 : Après l'âge de 30 ans, il pourra être, à défaut de consentement sur un acte respectueux passé outre, un mois après, à la célébration du mariage.

Article 154 : L'acte respectueux sera notifié à celui ou à ceux des ascendants par deux notaires, ou par un notaire et deux témoins, et, dans le procès-verbal qui doit être dressé, il sera fait mention de la réponse.

 

    Catherine Cachot n'ayant pu obtenir le consentement de ses parents, Nicolas Cachot et Marguerite Maillot, va respecter la procédure. Les 3 procès verbaux datés du 18 octobre, 19 novembre et 20 décembre 1825 sont conservés aux archives communales de Dampierre lès Conflans.

 

    « L'an mil huit cent vingt cinq, le dix huit octobre par devant Hipolite Xavier Perrin , notaire royal à la résidence de Vauvillers, chef lieu de canton du département de la Haute Saône, y demeurant, en la présence de témoins cy-après nommés, est comparue en personne demoiselle Catherine Sophie Rosalie Cachot majeure, âgée d'environ vingt trois ans, fille du Sr Nicolas Cachot et de Marguerite Maillot, ses père et mère, propriétaires, demeurant à Dampierre-lès-Conflans, laquelle nous a dit que depuis longtemps elle est recherchée pour le mariage par le Sr Nicolas Py, propriétaire, demeurant audit Dampierre, fils majeur d'Ignace Py et de défunte Françoise Guiez, ses père et mère.

Que les dits Sr et Dme Cachot, ses père et mère, après avoir accueilli favorablement les démarches dudit Nicolas Py dont ils connaissaient les intentions, avaient tout à coup changé de manière de voir et de pensée et qu'ils ne voulaient pas consentir à ce mariage qu'elle regarde comme très avantageux et duquel elle fait dépendre le bonheur de sa vie.

Pourquoi elle nous a requis de l'accompagner au domicile desdits père et mère pour leur faire la demande respectueuse prescrite par la loi.

A quoi obtempérant et étant au domicile susdit, la demoiselle Cachot, comparante, a en notre présence et celle des dits témoins, prié humblement ledit Sr Nicolas Cachot et ladite Marguerite Maillot, de lui donner leur conseil en les suppliant de donner leur consentement au mariage qu'elle se propose de contracter avec ledit Nicolas Py.

A quoi lesdits Sr et Dme Cachot ont répondu qu'ils avaient plusieurs fois témoigné à la dite Sophie Cachot leur fille, le mécontentement qu'ils éprouvaient à l'occasion de ce mariage, qu'ils en avaient donné les motifs, qu'il est inutile de répéter devant des étrangers, que les motifs et raisons particulières sont toujours les mêmes et qu'ils persistent à ne pas vouloir consentir à ce mariage.

De tout quoi, nous , notaire susdit, avons rédigé le présent acte qui restera en minute en notre étude et dont copie sera laissée à chacun desdits père et mère Cachot.

Fait et passé à Dampierre, ledit jour dix huit octobre en présence de Etienne Jullien, propriétaire et Alexis Chantret, instituteur, y demeurant les deux témoins requis et soussigné sur la minute et les copies...

Enregistré à Vauvillers, le 24 octobre 1825. Reçu un franc et dix centimes... »

 

    Le 19 novembre 1825, Catherine Sophie Rosalie Cachot renouvelle sa demande respectueuse à ses parents par l'intermédiaire du même notaire avec comme témoins Etienne Jullien et Jean-Claude Philippot. Elle déclare que « depuis le 18 octobre elle a fait plusieurs démarches toujours infructueuses... »

La réponse des parents est « qu'ils persistent l'un et l'autre dans leur refus... »

Et le notaire rédige une nouveau procès-verbal.

 

    Le 20 décembre, le notaire Perrin, accompagné d'Etienne Jullien et de Jean-Claude Philippot, fait une troisième visite aux parents Cachot, sans la fille cette fois, qui déclare sur le procès-verbal « qu'elle a fait beaucoup de démarches et toujours infructueuses près de ses père et mère qui refusent de consentir au mariage qu'elle regarde toujours comme très avantageux et devant faire le bonheur de sa vie.

Pourquoi, dans la crainte d'irriter sesdits parents en comparaissant devant eux, elle requérait de leur faire en son nom une troisième demande respectueuse et consentement au mariage que de son côté, elle persiste à vouloir contracter avec ledit Nicolas Py... »

    La réponse des parents ne varie pas : « Ils ont répondu que les motifs qui jusqu'alors les ont déterminés à ne pas consentir au mariage, sont toujours les mêmes et déclarent qu'ils persistent l'un et l'autre dans leur refus. »

    Le 25 janvier 1826, après le délai d'un mois prévu par la loi, le mariage de Nicolas Py et Catherine Sophie Rosalie Cachot a été célébré par Jean-Baptiste Cachot, maire de Dampierre-lès-Conflans en présence de Ignace Py, vigneron, présent et consentant, père du marié ( la mère est décédée) et des témoins Etienne Jullien, 56 ans, et Jean-Baptiste Jullien, 31 ans, les deux propriétaires, amis du marié et Claude François Cachot, 41 ans et Jean-Baptiste Cachot jeune, 33 ans, propriétaires, oncles de la mariée.

 

Six enfants sont issus de ce mariage :

- Françoise Rosalie , née le 17 décembre 1826, mariée le 4 mai 1870 à Frédéric Jean-Baptiste Laborde de Briaucourt, décédée le 4 janvier 1895 à Dampierre.

- Julie née le 8 octobre 1828, mariée le 4 septembre 1846 à Jean-Pierre Marie, décédée le 30 octobre 1904 à Dampierre.

- Joséphine née le 18 décembre 1830.

- Victor Joseph, né le 28 août 1833.

- Pierre Arc, né le 9 novembre 1837.

- Alphonse né le 7 juillet 1840, décédé le 4 mars 1853 à Dampierre.

 

Nicolas Py est décédé le 9 juin 1843 à Dampierre et Catherine Cachot est décédée le 5 octobre 1874, à Dampierre

 

Nota : article que j'ai fait paraître dans la revue « Haute Saône SALSA N° 52  » de décembre 2003. Mme Babeth Berthiaux y a ajouté la même procédure concernant Jean Etienne Victor Roussel de Montjustin et Anne Françoise Loyer de Mollans . Pour ce dernier cas c'étaient les parents du marié qui étaient opposés...

 

 

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