DAMPIERRE

Dampierre

création ; 20/11/2015

dernière mise à jour : 03/03/2016

 

 

 

                                              D A M P I E R R E

 

 

    La période historique, c'est à dire celle où l'on trouve des traces écrites commence en 1115 pour Dampierre sous le nom de DAMPETRA.

    Le nom vient du  latin DOMINUS ou DOMNUS (Saint,Seigneur) qui s'est contracté en DOM et altéré en  DAM et PETRUS ( Pierre) donc forme ancienne de Saint Pierre. C'est la même construction que Dompaire, Dampvalley (Domnus Valerium = Saint Valère), Dambenoît ( Saint Benoît), les Dannes,( les saints).

 On trouve DOM ou sa variante DAM depuis l'époque mérovingienne en remplacement de SANCTUS.Cette forme indique que le village a été construit ou reconstruit après la christianisation de la région à l'époque mérovingienne ou carolingienne entre le VI° et le IX° siècle. Si l'appellation avait eu lieu après le X° siècle, le village se serait appelé Saint Pierre.

 

1115, 1151, 1157: DAMPETRA

1150:DANPETRA

1155:DONPETRA

1275: DONNA PETRA

1228 ,1295: DAMPERE

1307, 1464 : DAMPIERRE EN BARROIS

1747: DAMPIERRE DE LA CY-DEVANT PREVOTE DE CONFLANS

1775: DAMPIERRE EN LORRAINE

 

    Il y a eu un seigneur de Dampierre, donc on peut supposer, une demeure seigneuriale. On n'a aucune indication sur l'emplacement de cette maison forte. Il est vrai que jusqu'au XII° siècle, la maison forte du seigneur était essentiellement constituée d'une maison un peu plus importante que celle des autres habitants et d'une tour en bois entourée d'une palissade en bois également ce qui ne laisse aucune trace après destruction. Cette bâtisse, si elle a existé, n'a sans doute pas eu une vie très longue car les seigneurs ont disparu rapidement et on ne trouve aucune appellation dans les lieux dits. Le village étant à cette époque au flanc de la colline , on peut penser que la maison seigneuriale si elle a existé était comme habituellement en hauteur.Peut-être dans le secteur église-cimetière en raison de la situation dominante. Mais ce n'est qu'une hypothèse sans preuve car il est possible aussi que le noble porteur du titre « de Dampierre » n'était pas domicilié dans le village.

    C'est grâce aux écrits concernant en particulier Clairefontaine et Conflans qu'on a la chance de pouvoir retrouver des citations concernant Dampierre. En voici quelques exemples anciens...

En 1151, donation de Guy de Dampierre à St Rémy et Clairefontaine

En 1155, Ralon de Dampierre donne ¼ du moulin de Varigney à l'Abbaye de Clairefontaine

En 1155, Calo de Dampierre fait donation à Clairefontaine d'une partie du moulin de Varigney et d'un alleu (1) à Anchenoncourt.

En 1155, Henri 1°, fils du Comte Frédéric cède à Clairefontaine «Escotelencourt» ( localisation indéterminée)

En 1155, Thiébaut de Fols ( personnage non identifié) cède des biens sur Dampierre et Varigney à Clairefontaine.

En 1157 Guy et Odon de Dampierre cèdent eux aussi à Clairefontaine une partie de leurs propriétés sur Dampierre et Varigney.

En 1176, Thierry de Vellefaux, chevalier, fait une donation concernant des droits d'usage à Dampierre.

En 1176, Thierry de Montfaucon confirme la donation, à Clairefontaine, de Gérard de Fougerolles de tout ce qu'il possédait à Dampierre

En 1177, Pons de Oshir ( ou Ochey) donna tout ce qu'il avait à Dampierre

En 1178, Frédéric, archidiacre, cède une terre qu'il tenait en cens (2) de l'église de Dampierre.

En 1208, Humbert de Vellefaux fait une donation sur le territoire d'Aircourt

En 1232, donations de Hugues de Flagy et Gérard de Bourbonne

En 1242, Renaud de Dampierre cesse une querelle avec Clairefontaine à propos de Varigney.. Il reconnaît « les droits de l'abbaye sur les prés, terres, bois, hommes et moulin de Varigney devant Thiébaut seigneur de Neufchatel et de Jonvelle et Girard Prévôt de Conflans... »

En 1257, donation de Eudes, seigneur de Demangevelle

En 1257, l'Abbaye de Clairefontaine achète pour 15 livres des droits sur les dîmes(1) de Dampierre et bassigney.

En 1292, Jean 1° de Jasney reconnaît tenir en fief du Comte Henri de Bar ce qu'il possède à Dampierre

En 1334, l'Abbaye de Clairefontaine donne à Girard de La Mothe, châtelain de Conflans tout ce qu'elle possède à Dampierre, « sa vie durant seulement ».

En 1361, Girard de La Mothe ( fils du précédent), est obligé de rendre à l'Abbaye de Clairefontaine ce qu'il tient d'eux à Dampierre

Plus on se rapproche de notre époque, plus on retrouve de documents écrits: actes notariés, baux, actes de justice, récits divers, thèses de professeurs, d'étudiants etc qui montrent la continuité de l'histoire locale. Les recherches et les découvertes sont continues.

    La famille «de Dampierre» disparaît au cours du XIII° siècle le dernier cité est Renaud de Dampierre en 1243. Les raisons de cette disparition ne sont pas connues mais on peut supposer l'absence de descendant mâle,le mariage d'une fille héritière, la disparition au cours d'une croisade ou d'une expédition lointaine en Orient, en Espagne... auxquelles les seigneurs comtois participèrent en grand nombre. Par exemple lors de la dernière croisade menée par Sigismond de Luxembourg contre les ottomans, en 1396, après le désastre de Nicopolis où le sultan Bayezid 1° décime la cavalerie comtoise qui meurt sur le champ de bataille ou est retenue en captivité.

    Il semble bien que la famille de Montfaucon ait pris la relève. Les "de Dampierre" faisaient déjà peut être partie de cette famille? C'est une famille très puissante. Ils tiennent entre autres le Comté de Montbéliard et le Comté de Bar. Ils sont apparentés avec les plus illustres familles du Comté de Bourgogne et du Barrois. Par exemple Gérard IV de Fouvent épouse en 1148 Clémence de Montfaucon, fille du Comte Richard de Montbéliard …

Dampierre fait partie depuis cette époque de la châtellenie de Conflans et pendant des siècles le sort des deux cités va être lié. D'abord fief du Comté de Bourgogne, Dampierre passe avec Conflans sous l'autorité du Comte de Bar vers le milieu du XIII° siècle. La forteresse de Conflans était une position stratégique avancée qui commandait, à l'époque, les routes du Barrois et de Lorraine;

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      DAMPIERRE,VILLAGE LORRAIN PENDANT  PLUS DE 4 SIECLES

 

     Comment Dampierre est-il devenu un village lorrain pendant près de 5 siècles entouré de voisins comtois?

En voici la raison historique.

     En 1295, Othon IV, Comte palatin de Bourgogne est l'époux en seconde noce de Mahaut d'Artois ( ceux qui ont apprécié les romans et la série télévisée «les Rois Maudits» de Maurice Druhon se souviennent de cette terrible Mahaut d'Artois) . Othon, couvert de dettes, excommunié par l'Archevêque de Besançon, en butte aux rivalités des grands seigneurs de Comté, cède, par le traité de Vincennes, son Comté de Bourgogne au Roi de France Philippe IV le Bel en contrepartie du paiement de ses dettes et d'une pension. Il donne sa fille Jeanne de Bourgogne en mariage au fils du Roi, le futur Philippe V le Long. Cette Jeanne est impliquée dans le scandale de «la Tour de Nesles» où les trois belles filles de Philippe le Bel se livraient à la débauche. Son mari lui pardonnera sans doute pour ne pas perdre le Comté de Bourgogne.

Othon IV décédé à Melun en 1303 avait demandé à reposer dans l'église abbatiale de Cherlieu (vers Jussey) aux côtés des ses parents Hugues de Chalon et Alix e Bourgogne.

    En 1309, sa veuve la Comtesse Mahaut d'Artois (4) réalisa son vœu par une cérémonie grandiose. Participèrent à ces obsèques «3 évêques, 20 abbés, 3000 gentilhommes et nobles dames, des moines, des nonnes, 15 000 hommes et femmes du peuple faisaient une escorte royale à ce prince ...». «ce convoi éclairé par 800 cierges...» se termina par un festin monstre au cours duquel on consomma «40 bœufs gras, 100 moutons,1005 poulailles, 21 muids (2) de vin d'Arbois, 6 queues (2) d'autres vins...»

    La cession honteuse dont on a parlé plus haut souleva l'indignation et la colère des barons comtois qui ne voulaient pas de la domination d'un roi de France tel que Philippe le Bel. Une confédération formée par les plus puissants barons tels que Renaud Comte de Montbéliard, Jean de Bourgogne ( frère d'Othon) , Jean de Chalon Comte d'Auxerre, Simon de Montbéliard, Aymon Sire de Faucogney,Vicomte de Vesoul, Thiébaut Sire de Neufchâtel etc... 11 sceaux scellèrent l'acte d'association.

Henri III, Comte de Bar leur apporta son soutien. Ils reçurent en 1297, l'appui financier d'Edouard 1°, Roi d'Angleterre. Les souverains anglais saisissaient toutes les occasions pour nuire à la puissance des rois de France.

 

    Dans l'organisation féodale primitive le Comte de Bar relevait du Saint Empire Romain Germanique. L'Empereur était donc son suzerain. Le Comte Henri III avait épousé Eléonore, fille du Roi d'Angleterre Edouard 1° qui était en guerre contre Philippe le Bel. Il prit parti pour son beau-père, il envahit la Champagne, brûla l'Abbaye de Beaulieu en Argonne. Le Roi de France envoya contre lui une armée commandée par Gauthier de Crécy seigneur de Chatillon. Henri III fut battu et fait prisonnier, il fut tenu en dure captivité à Bruges pendant quatre années .

    La guerre fait rage en Comté pendant 5 années avec son cortège de morts, de pillages, de destruction...

L'habile Philippe le Bel réussit à isoler les confédérés par un traité de paix avec Edouard 1°, Roi d'Angleterre et Albert 1°, Empereur et à briser l'unité des confédérés en négociant avec certains participants, en particulier avec Jean de Chalon-Arlay qui, moyennant des titres, des fiefs et de l'argent fait sa soumission au Roi de France. Il deviendra, en 1307, gouverneur du Comté de Bourgogne en récompense de son ralliement.

    Le 4 Juin 1301, par le Traité de Bruges qui mettait fin à la révolte comtoise, Henri III, Comte de Bar, accusé de forfaiture et prisonnier du Comte de Flandres depuis 1297, abandonne à Philippe le Bel, comme condition de sa remise en liberté:«tout ce qu'il possède en franc-alleu (1) en quelques lieux que ce soit par deça la Meuse vers le Royaume de France». (C'est à dire sur la rive gauche de la Meuse)

    Par ce traité, la châtellenie de Conflans ( Conflans, Dampierre, Hautevelle, Girefontaine) devient pour des siècles, propriété des Rois de France enclavée en Franche Comté. En 1789, Dampierre a toujours le Roi comme seigneur...

Le 8 Septembre 1304, Philippe le Bel qui, entre temps avait pardonné à Edouard 1° de Bar fils et successeur d'Henri III «donna en fief à Edouard de Bar tout ce qu'il lui avait cédé par le Traité de Bruges, à charge de l'hommage " (1) Ce dernier s'engage à réparer les dommages causés par la guerre. «encor est accordei que les chalstialz et les castelleries de Conflans et tous les mandemans, fief, arrière fief, domainnes, justices demorent perpétuelment en héritaige a nostre signor le Roy et à ses hoirs (4) et a succesors... »

Ce traité ne stipule à la charge du Comte de Bar que « l'hommage lige»(1) à l'égard du souverain français. Cet hommage l'obligeait à 3 services :

    • Le service militaire quand il était requis

    • L'assistance au suzerain dans sa cour de justice

    • La reconnaissance de la Cour de justice du suzerain

    La «mouvance»(2) n'était pas une annexion... L'«homme lige» (5) n'était pas un sujet...D'ailleurs Jean le Bon puis Charles VI , rois de France reconnaissent que le Comté de Bar est un pays étranger.

Ce fief dont fait partie de Châtellenie de Conflans et Blondefontaine se nommera le Barrois Mouvant » ou « Bassigny Mouvant » (3)

    Conflans et ses territoires formeront un Bailliage et une Prévôté royale qui seront rattachés au Bailliage de La Marche (88) en 1751.

     En 1350, le Comte de Bar, en faisant l'acquisitiion de Dampierre, n'en acheta pas tous les fiefs, toutes les propriétés ni tous les droits. Ainsi, il n'eut  jamais  qu'un neuvième des dîmes, un autre neuvième au prieuré de Fleurey et le reste à l'abbaye de Clairefontaine. Mais du moment qu'on lui avait vendu la seigneurie de Dampierre, il en devient le véritable et seul suzerain avec droit  de haute et basse justice.

    Cette situation apporte à nos prédécesseurs bien des complications d'ordre administratif : Dampierre est propriété du Roi de France géré par les comtes, puis ducs de Bar, puis les ducs de Lorraine après la réunion des 2 duchés en 1480 jusqu'au rattachement au royaume de France en 1766 sous le règne de Louis XV. Jusque là la Lorraine avait été reconnue par Charles Quint, Empereur, en 1532 comme « Etat libre et non incorporable »donc quasiment indépendante.

 

       UNE SITUATION COMPLIQUEE

 

    Pendant l'existence du Bailliage et de la Prévôté « qui connaissait de la police, de la gruerie, recevait les impositions..., toutes les affaires se jugeaient à peu de frais et sans quitter le foyer... » Mais après la suppression du Bailliage et de la Prévôté de Conflans et son rattachement à La Marche la situation se complique comme il est écrit dans le cahier doléances du 23 mars 1789 :

«La justice de première instance est à La Marche , à 8 lieues, le Présidial est à Langres à 15 lieues, le Parlement est à Paris à 80 lieues, la Chambre des Comptes de Bar à 30 lieues, la Généralité de Nancy, à 22 lieues, le siège de la Maîtrise des Eaux et Forêts et le siège du Receveur des impôts à Bourmont , 15 lieues, le Diocèse de Besançon, 12 lieues..» On est obligé «de conduire les garçons à La Marche pour tirer la milice, ce qui fait à chaque garçon une dépense de douze à quinze francs...».

    La situation n'est guère plus simple entre villages voisins

Conflans, Dampierre, Hautevelle,Girefontaine sont du Barrois puis lorrains, mais propriété du Roi de France, rattachés définitivement à la France en 1766 à la mort de Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV.

 

                                                                                 Armoiries

                                                                                        Armoiries du Duché de Lorraine et Bar

 

    Varigney, Bourguignon, Anjeux, Anchenoncourt, St Rémy sont en Comté de Bourgogne (Franche Comté), donc terre d'Empire puis possession des rois d'Espagne jusqu'au rattachement définitif de la Franche Comté sous le règne de Louis XIV par le traité de Nimègue en 1678.

    Jasney ainsi que St Loup, Fontaine, Francalmont, Bouligney, Cuve, Corbenay, Aillevillers, Mailleroncourt St Pancras, Betoncourt, Fougerolles sont des terres dites en surséance. (Varigney le fut jusqu'en 1573). Ces villages sont revendiqués par les ducs de Lorraine et par les comtes de Bourgogne. Cette situation fut une cause permanente de friction entre la Lorraine, la Comté et la France et provoqua de nombreuses incursions lorraines sur les terres comtoises auxquelles les comtois répondaient par des représailles. En juin 1440, on nomma une commission chargée de régler les limites indécises entre ces trois états. On désigna un arbitre,Thiébaut de Neufchatel chargé de régler les conflits frontaliers et, faute d'accord, on résolut de surseoir à la décision de souveraineté sur ces villages d'où le nom de « terres de surséance ».

Cette situation de surséance prit fin suite à la conquête de la Franche Comté par Louis XIV. En effet, en 1679, le Roi de France fait prendre possession de la terre de St Loup et des villages en surséance par l'Intendant de Franche Comté et les réunit à cette province d'une manière arbitraire puisque le traité de Nimègue qui mettait fin en 1678 à la guerre dite de Hollande avait été conclu entre Louis XIV et l'Espagne et ne concernait pas la Lorraine.

Cette annexion par la force et les armes est ratifiée le 25 Août 1704 par le traité de Besançon entre Louis XIV et le Duc Léopold 1° de Lorraine qui fixa définitivement les limites entre les deux états.

 

LES FRANCHISES

 

    Le rattachement de Conflans et de Dampierre au Comté de Bar a au moins un résultat très positif: l'affranchissement.

Les affranchissements commencèrent dans le Comté de Bar dès la fin du XII° siècle. Thiébaut 1° en a été le précurseur.

Thiébaut II, Comte de Bar, donna en 1249 une charte de franchise «à sa bonne ville de Conflans...». C'est une charte libérale pour l'époque, le suffrage pour les bourgeois y est instauré.Un maire et des échevins étaient élus chaque année par les bourgeois. Ceux-ci sont chargés de la répartition des impôts et d'assurer la bonne marche de la cité.

Ils vérifient l'état des défenses de la ville ( remparts, fossés..) Cette charte libérale servit de modèle pour d'autres affranchissements notamment celle de Faucogney en 1275 et de Luxeuil en 1295.

    Les habitants de Dampierre sont affranchis le 1° Août 1319 par Edouard 1°. «Edouard 1°, Comte de Bar, concède aux habitants d'Auteville ( Hautevelle) et Dampierre en la Chatellenie de Conflans les mêmes franchises que celles dont jouissent les bourgeois du chateau et de la ville de Conflans »

    Ces franchises ont été confirmées en 1374 par Robert 1°de Bar puis en 1533 pat Antoine le Bon Duc de Lorraine et de Bar.

Ces franchises accordées ne sont pas par pure philanthropie. Elles étaient souvent nécessaires par un besoin d'argent par exemple pour les départs en croisade, pour payer une rançon ou pour s'attirer l'attachement d'une cité (c'est le cas pour Conflans). Il y avait toujours en contrepartie le versement d'une somme d'argent ou d'une rente en nature ou en argent.

Parmi les avantages obtenus, on trouvait en particulier la suppression du formariage et la mainmorte dont a parlé précédemment.

 

      ORIGINE DU VILLAGE

 

A l'origine, le village de Dampierre était construit à mi-pente, sur le versant nord-est, côté Jasney. L'origine de cette position s'explique par la présence de plusieurs sources à ce niveau.

Cette présence est attestée par des traces de fondations, de tuiles,un sarcophage ( cercueil en pierre), des armes trouvés lors de travaux.

L'étude des anciens lieux dits nous informe aussi. On trouve dans ce secteur :

  • «En Masey»:   Le mot vient du latin macerias , de l'ancien français masieres signifiant ruines, décombres, village en ruines...

  • «En Chapelot»: petite église avec le diminutif comtois OT.

  • «En Quetille: les jardins en vieux français ( Le qu'chi ou queti en patois comtois).

  • «Le Champ de l'Herse» ( à l'origine champ de l'ers) nom déformé par un géomètre . L'ers était une légumineuse sorte de lentille cultivée dans les jardins .Cette légumineuse était cultivée depuis des temps reculés en Egypte et en Grèce antiques, au moyen âge...

  • L'emplacement de petits domaines ( les maix ou meix), à rapprocher avec le mas provençal, nous est conservé par des lieux-dits: « Maix du Fouillot » ( près du château d'eau) et la « Croix Mabozon», à l'origine le « Maix Bozon » ( personnage d'origine germanique), près de la maison Bergeret.

      TERRE  DE  MALHEURS...

 

     Terre de passage et d'invasions, région frontalière, Dampierre et les villages voisins ont continué de connaître bien des malheurs du 14° au 17° siècle.

     d'abord «la Guerre de cent ans»

-1346. Après la défaite de Crécy, les barons comtois s'allient aux anglais contre les français et les bourguignons leurs alliés. Le Bailliage d'Amont , ancien nom de la Haute Saône, est mis à feu et à sang

-1349:La Peste. Nous évoquerons cette terrible maladie un peu plus loin. « En mil trois cent quarante et neuf, de cent bourgeois ne demeuraient que neuf... »raconte un témoin.

Tous les villages sont ruinés et dépeuplés

- En 1360 , après le Traité de Brétigny« les Grandes Compagnies  ou Routiers », des bandes de soldats mercenaires étrangers licenciés par les anglais sans emploi après la défaite des français à Poitiers contre les anglais ravagent la contrée pendant 5 années.

Les habitants subissent 40 années de guerres avec leurs lots d'épidémies et de famines.

   D'après l'Abbé Morey, en 1370, le Comté de Bourgogne avait perdu une grande partie de sa population.Hautevelle avait reçu deux fois la visite des bourguignons. Francalmont, Plainemont et  Dampierre avaient été brûlés. Le village fut gagé, regagé, mis à sac tandis que Conflans avait été pris, pillé deux fois et détruit en partie par un incendie.

Le Bailliage d'Amont a perdu les ¾ de sa population, villes et villages sont ruinés, les terres sont incultes et l'économie mettra des décennies à se remettre de ces malheurs.

- 1444: Le Bailliage d'Amont est à nouveau ravagé par des «Grandes Compagnies», 10 000 hommes qui ont laissé le sinistre surnom d'«écorcheurs» (on devine pourquoi ce nom … )

 

Après une période un peu plus calme,«les guerres de religion»

- 1516 : un aventurier, le Bâtard de Chemilly pille avec ses mercenaires Conflans et Dampierre

- 1557 Les 12 000 allemands de Polwiller traversent la contrée pour regagner l'Alsace. Ils font le siège de Vesoul et en profitent pour piller toute la région.

  • 1569 Wolgang , Duc des deux Ponts(11) mène des renforts ( 8 000 cavaliers et 6 000

fantassins) aux protestants français. Il est secondé par des gentilhommes français de religion réformée comme le seigneur de St Rémy. Toutes les abbayes comme Clairefontaine et 200 villages sont anéantis comme Conflans, Dampierre et Jasney.

  • 1595: Les lorrains de Tremblecourt tentent la conquête de la Franche Comté pour le compte du Roi de France Henri IV. Ils sont repoussés par les espagnols. Le Roi d'Espagne était aussi , à cette époque, Comte de Bourgogne.

 

    Et, pour finir... La guerre que les comtois appellent de  « Dix ans» et que les français nomment de «Trente ans »

En 1634, Dampierre comptait 29 bourgeois (Jean Cachot, Estienne Mougeot, Georges Barrois, Desle Richard, Joseph Oudel, Perrenot Verdel, Pierre Barrois, Jean Verdet dit Flaubel, Thiébaut Rebust, Claude Oudel, Jean Oudel dit Presto, Claude Beugnot, ,Pierre Chamagne, Desle Ribouley, Claude Oudel dit Picot, Pierre Verdel le Vieil, Georges Ribouley, Joseph Mougenot, Guillaume Chauvel, Pierre Verdet, François Taneyne, Nicolas Geoffroy, Desle Morel, Thiébaut Monnot, François Hugot, Jean Verdet le jeune, Claude Verdet, Guillaume Longière) ainsi que 2 veuves (Estiennette Billquel, la veuve Guillaume Henry). Ce qui laisse supposer une population de 150 à 200 habitants.

    Le bourgeois est un propriétaire. Ne sont pas comptés les manants, les habitants sans droits de bourgeoisie, les ecclésiastiques et leurs serviteurs.

- 1635 l'église de Dampierre est ravagée par les suédois de Bernard de Saxe-Weimar. En 1636 Dampierre et Haircourt sont détruits complètement.

    Dampierre restera quasiment inhabité jusqu'à la fin du siècle. Il n'a plus suffisamment d'habitants pour former une paroisse.

Toutes les calamités de la guerre plus la famine et la peste qui y sont liées laissent le Bailliage d'Amont pratiquement vide, ruiné et dévasté aussi bien par les troupes amies qu'ennemies, les lorrains de Charles IV, Comte de Gallas, les suédois de Bernard de Saxe-Weimar, les français de Turenne et Condé …

     Il fallut plus de 20 ans pour redonner un peu de vie au pays, la plupart des villages n'avaient plus que quelques habitants qui avaient échappé aux massacres,à la famine, à la peste en s'enfuyant dans les bois.

Conflans mit 30 ans à se relever «Quelques maisons restent seulement au Bourg... Toutes les maisons sont incendiées ...»

Dampierre reste inhabité . « En 1652, le curé réside à Bourguignon car il n'a plus de paroissiens, le village est abandonné... »

    Certains villages ou hameaux comme Haircourt disparaissent définitivement.

En 1661, à Conflans, les habitants sont au nombre de 7..., à Dampierre, en mars il n'y a plus de résidents, en octobre on dénombre 3 bourgeois (Claude Beugnot, Claude Hugot et Pierre Verdet) et une veuve (Madeleine Riboulley).On compte plus que 2 bourgeois à Hautevelle Claude Hayn le jeune et Claude Calland) , plus d'habitant à Girefontaine où « il n'y a plus une maison logeable et qui ne soit pas entièrement ruinée »

    Dampierre sera reconstruit à son emplacement actuel fin du XVII° siècle , sur la colline,sans doute pour des raisons de sécurité et pour s'éloigner des voies pouvant amener les soldats. Cette nouvelle position si elle est agréable aujourd'hui, va créer jusqu'au milieu du XIX° siècle un grave problème d'alimentation en eau.

    Le premier registre de baptême conservé aux archives date de 1703 (12). C'est signe que le village était à nouveau habité.

Les plus anciennes maisons du centre du village, comme la nôtre, datent ,en partie, de la fin XVII°, première moitié du XVIII°siècle. On s'aperçoit qu'une première partie de la maison a été construite avec des pierres brûlées, des poutres usagées et quelques pierres de taille variées qui viennent de l'ancien village qui a servi de «carrière».Les autres parties plus tardives et les maisons plus récentes (XIX°, début XX° siècles) sont construites en pierres calcaires issues des carrières sur la route d'Anchenoncourt, en face du karting.

Les siècles suivants furent heureusement plus calmes et le village put s'agrandir et vivre du travail des agriculteurs, des vignerons et des artisans.

 

  1. alleu ou franc alleu : Au moyen âge, propriété héréditaire et exempte de toute redevance et servitude

  2. Cens : redevance payée par les roturiers pour la terre qu'ils tiennent d'un seigneur ou d'une communauté religieuse

  3. dîme : impôt créé par Charlemagne qui consistait au paiement d'une redevance en nature, à l'origine le 1/10 des récoltes pour le Clergé. Bien souvent d'un taux inférieur. La dîme était destinée à assurer la vie matérielle des clercs, à l'entretien des lieux de culte et des ornements. Rapidement détournée par le haut Clergé et même des laïques qui ne reversaient qu'une toute petite part , environ 30% ( la portion congrue) aux prêtres des villages.

    muid : tonneau d'environ 275 l... queue : tonneau d'environ 400 l , quantités variables selon les régions

  4. Mahaut d'Artois administra , avec sa fille Jeanne, une fois veuve de Philippe V le long, de 1316 à 1341, le Comté de Bourgogne avec beaucoup de sagesse.

  5. Hommage, homme lige

  6. mouvance : dépendance

  7. hoirs : héritiers directs

  8. Bailliage : territoire administré par un  bailli ou son lieutenant.

  9. Prévôté : Premier degré de justice royale

  10. Présidial : Tribunal intermédiaire entre le Bailliage et le Parlement, correspond à notre Tribunal de grande instance.

  11. Deux Ponts : Zweibrücken (Palatinat Allemagne). Wolfgang, Duc des Deux Ponts est mort près de Limoges « d'avoir trop bu et trop mangé »

  12.  

      

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