L' Abbaye de CLAIREFONTAINE

création : 24/11/2015

 

                          LE RENOUVEAU MONASTIQUE

                          L' ABBAYE  de CLAIREFONTAINE

 

 

    Après l'élan colombanien dont on a parlé précédemment, peu de monastères ont été fondés dans notre région, excepté l'Abbaye de Faverney fondée en 722 qui fut d'abord couvent de femmes avant de passer aux bénédictins. Il est vrai que la période troublée de la fin de ce premier millénaire ne se prêtait guère aux fondations.

    Il faut attendre la fin du XI° siècle, sous l'impulsion de l'ordre de Citeaux, pour voir la création de nouvelles unités monastiques importantes.

    L'ordre de Citeaux (21) a été créé en 1098 par St Robert, Abbé de Molesme (21), dans la ligne de St Benoît. Les «moines blancs» observaient la vie communautaire, la pauvreté, le silence, le jeûne, la méditation. Ils exerçaient une activité culturelle mais également le travail manuel obligatoire.

    C'est sous la conduite de St Bernard, fondateur de l'Abbaye de Clairvaux (10) que l'ordre cisterciens prit toute sa dimension. En moins de 20 ans, 6 célèbres abbayes sont fondées dans ce qui deviendra la Haute Saône : Bellevaux (1119), Cherlieu 1131), La Charité (1133), Clairefontaine ( 1133) , Bithaine (1133), Theuley (1135).

A la mort de St Bernard, 350 abbayes de l'ordre de Citeaux sont fondées en Europe, 700 à la fin du XIII° siècle...

 

    Nous nous intéresserons bien évidemment plus particulièrement à Clairefontaine.

En 1131 ou 1132, sur la demande de Guy de Jonvelle, propriétaire des lieux, Gauthier ou Vauthier, Abbé de Morimond (52) envoya Lambert, rejoint en juin 1133 par 12 moines, pour fonder une nouvelle communauté religieuse sous l'ordre de Citeaux.

Ce Lambert qualifié plus tard de «Bienheureux» devient Abbé de Morimond en 1154 puis, en 1155, Abbé de Citeaux.

    L'endroit choisi n'est pas très agréable mais cela correspondait bien aux habitudes des cisterciens. « Entre Polaincourt et Chazel s'étend un petit vallon d'un assez triste aspect ; c'était un marécage gisant sous d'épaisses forêts. Les rayons du soleil ne l'échauffaient jamais et on y voyait dans le fourré une eau verdâtre, souvent boueuse, qui allait se perdre dans l'Amance »

    La famille de Jonvelle continua pendant plusieurs siècles à doter et à protéger l'abbaye.

« l'abbaye de Clairefontaine, laquelle est de notre garde et fondation, en laquelle notre dit prédécesseur sunt enterrey...» précise Philippe de Jonvelle dans une confirmation du XIV° siècle.

Ils ne sont pas les seuls et de nombreuses donations sont faites par les seigneurs du voisinage. On l'a vu précédemment avec Dampierre, Varigney et Haircourt

En 1151, une bulle du pape Eugène III fait le premier bilan du temporel :

  • les Granges de Varigney et Vaux la Douce ( qui deviendra une abbaye fille de Clairefontaine)

  • des terres à St Rémy données par Guy de Dampierre et Girard et Guy d'Amance et Planchia (lieu indéterminé)

  • la Grange de Champonnet (Conflans) et « Bonum Mansum » à Chazel (disparu)

Tout au long du XII° et XIII° siècle, les donations se poursuivent.

    Celles concernant Varigney et Haircourt ont été évoquées précédemment.

    Beaucoup émanent de personnages importants parmi lesquels on peut citer : L'Empereur Frédéric Barberousse, Renaud III et Etienne 1° Comtes de Bourgogne, Guy et Bertrand de Jonvelle, Hugues et Gislebert de Faucogney (Vicomtes de Vesoul), Henri (frère) et Henri (fils) du Comte Frédéric de Bourgogne, Frédéric et Ferry Comtes de Toul, Mathieu Duc de Lorraine, Thierry Archevêque de Besançon, Manasses Evêque de Langres etc...

    Ces donations sont quelquefois, remises en cause par les héritiers des trop généreux donateurs. Aussi, les abbés s'empressaient-ils de faire confirmer ces donations par l'évêque ou même par le Pape.

    Ainsi une longue controverse entre l'Abbaye et la famille d'Achey se prolongea de 1193 à 1214. Philippe d'Achey et son frère Gérard contestaient les dons faits par leur père Philippe d'Achey au cours du XII° siècle. Il fallut l'arbitrage d'une commission pour terminer cette querelle en faveur de l'Abbaye qui possédait des preuves écrites.

Tout au long de ces donations longuement énumérées par Eric Affolter dans son ouvrage sur « l'Abbaye de Clairefontaine au XII° et XIII° siècles »( SALSA ), on remarque une évolution. Au début les donations sont constituées de terres et de droits ce qui correspondait à l'esprit cistercien, puis , au cours du XIII° siècle, on voit apparaître des dons en argent, en rentes, en dîmes, en revenus.

    Ce qui était une déviation de la règle initiale qui voulait que les revenus des abbayes proviennent du travail des moines. Il en est de même pour les abbayes bénédictines de Luxeuil et Faverney. C'est contre ces fâcheuses tendances que naissent les ordres dits mendiants : franciscains, dominicains...

    Afin d'assurer leur défense, les abbayes se choisissent un puissant seigneur comme protecteur qui était aussi souvent un généreux donateur, ce qui assurait à ces nobles et à leur famille les prières de la congrégation ( beaucoup en avaient bien besoin ! ) et le privilège d'entre inhumés dans l'église abbatiale.

L'église dédiée à la Vierge Marie était de grande dimension. En 1175, Etienne Comte de Traves et d'Auxonne y fut enterré ainsi que la plupart des membres de la famille de Jonvelle , protecteurs du monastère.

    Mais quel forfait avait bien pu commettre Bernard de Jonvelle pour que l'Abbé Raoul qui avait permis son inhumation dans l'église en 1197 soit condamné à jeûner un jour au pain sec et à battre trois fois sa coulpe en présence de ses religieux ?

Sous le pontificat du Pape Alexandre III, l'Empereur Frédéric Barberousse fit élire «l'Antipape» Victor IV. L'Abbé Louis avait pris, comme tous les cisterciens, l'engagement de rester fidèle à Alexandre III. Euvrard de Turey, sur l'ordre de l'Empereur, pourtant lui aussi protecteur de l'Abbaye, ravage et incendie le monastère en 1163.

Après la fin du schisme, Alexandre III, reconnaissant, accorde à Clairefontaine de nombreux privilèges.

A de nombreuses reprises, le monastère fut ravagé et ruiné :

Au cours de la rivalité pour le titre de Comte de Bourgogne entre Etienne II et Othon de Souabe, ce dernier et les seigneurs qui le soutenaient confisquèrent les biens de l'Abbaye et ne les rendirent que sous la menace d'excommunication brandie par le Pape Innocent III en 1207.

Cette situation se retrouva lors de la révolte des barons comtois contre le Roi d France Philippe IV Le Bel ( 1295 - 1303 )

    En 1361, le «Grandes Compagnies» ruinèrent le monastère, massacrèrent l'Abbé et plusieurs moines. En 1427, il est pillé par les «écorcheurs»

    En 1479, les habitants réfugiés dans l'église furent presque tous égorgés par les troupes de Louis XI

Incendié par les soldats de Wolfgang Duc des Deux Ponts en 1569, par les lorrains de Tremblecourt en 1595 et achevé en 1636 au cours de la «guerre de dix ans» par les «suédois» de Bernard de Saxe-Weimar , le monastère resta en ruines... Un seul moine y demeurait en 1644. En 1688, il était encore en ruines..

    Le Roi d'Espagne le donna en commande en 1648. Les abbés qui vont se succéder vont tenter de récupérer les biens usurpés. L'église et le bâtiment conventuels furent relevés de 1737 à 1747. Les moines n'avaient pas les moyens financiers pour effectuer la restauration, les abbés commanditaires gardaient une bonne part des revenus pour eux.

    En 1791, les bâtiments sont vendus comme «  bien national ». Le palais abbatial fut préservé mais l'église servit de carrière.

Jean-François Estienne y établit une verrerie autorisée par un arrêté du Directoire du 28 août 1798 transformée en 1802 en une faïencerie qui comptera jusqu'à 120 ouvriers en 1890 et qui perdura jusqu'en 1932 . Ses produits de faïence fine sont actuellement très recherchés par les collectionneurs.

L'ancien monastère est converti depuis 1938 en annexe de l'hôpital psychiatrique de St Rémy.

 

 

 

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