L' église de DAMPIERRE

l'église

   création : : 04/12/2015 

  dernière mise à jour : 02/02/2016                                                    

                        Eglise damp                                                     L' E G L I S E

                          Carte postale ancienne ( vers 1930)

    La première église était située dans l'ancien village détruit en 1635 au cours de la «Guerre de dix Ans» par les «suédois» ( en réalité plutôt des allemands) de Bernard de Saxe Weimar. Elle était, comme le village, située sur le versant Nord-Est (côté Jasney). L'ancien lieu dit « En Chapelot » gardait le souvenir de cette construction dont on ne connaît pas l'origine.

En 1652, le village est toujours inhabité, le curé réside à Bourguignon, donc pas d'église...

    Les premiers actes paroissiaux détenus aux archives départementales datent de 1703. On peut supposer qu'une église a été reconstruite fin XVII° ou au début XVIII° siècles. Elle existait le 15 juillet 1724 puisque deux cloches ont été bénies à cette date ( voir l'article). Elle était située sans doute à l'emplacement du cimetière. Il était en effet de tradition d'enterrer les fidèles autour de l'église. Seuls les nobles ou les personnages importants avaient le privilège d'être enterrés dans l'église ( exemple : Estienne de Ribouley a été «encavé» dans l'église le 30 mai 1756)

On peut penser que cette église avait été reconstruite à la hâte avec des matériaux de récupération du village ruiné puisqu'en 1775 , elle était en si mauvais état que les habitants de Dampierre font une requête au Roi pour avoir l'autorisation de vendre du bois pour, entre autres, réparer l'église. Ci dessous la réponse du Roi.

 

REPARATION A L'EGLISE ( mai 1775)

Extrait des registres du greffe de la Maison des Eaux et Forêts de Bourmont du ressort de Paris (1)

 

    « Sur la requête présentée au Roy (*) en son courrier par maire, syndic habitants corps et communauté de Dampierre en Lorraine contenant que ladite communauté de Dampierre en Lorraine se trouve chargée de réparations considérables à faire dans l'église paroissiale du dit lieu qui est menacée d'être interdite incessamment, que les fontaines publiques sont dans le plus mauvais état manquant souvent d'eau, qu'il est indispensable de les rétablir que ladite communauté enfin a été obligée de supporter au Parlement de Paris un procès ruineux avec le seigneur Abbé de Clairefontaine concernant la propriété d'une lisière de ses bois qu'elle a perdu et dont elle doit les dépens, qu'elle n'a de ressources pour subvenir à toutes ces charges que la vente du quart en réserve de ses bois dont le taillis a cinquante ou soixante ans de....(illisible), qu'il dépens totalement ainsi que la futaie ; que tous ces motifs lui font l'espoir qu'elle obtiendra des graces de Sa majesté la permission de vendre ledit quart en réserve et d'y prendre les arbres chênes portés au devis pour la charpente de ladite église.

A ces causes requéraient les suppliants qu'il plut à Sa Majesté d'ordonner la vente en la manière accoutumée tant du taillis que de la futaye du quart en réserve des suppliants ; pour les deniers en provenant être employés aux réparations de l'église paroissiale dudit lieu, 2° à celles des fontaines publiques,3° enfin à l'acquit des dépenses auxquelles la ditte communauté a été condamnée et que par les officiers de la Maîtrise particulière de Bourmont il sera délivré dans ledit quart en réserve les arbres chênes nécessaires pour la charpente de la ditte église.

Vu la requête et les pièces y jointes ensemble le devis dressé par le nommé Simon charpentier le dix novembre mil sept cent soixante treize et l'avis du Sieur Mathieu Grand Maître de Lorraine du dix neuf mars dernier et par lequel il est observé que les bois de laditte communauté contenant treize cent deux arpens dont trois cent vingt huit ont été distraits pour être réservés et le surplus ont été réglés en vingt cinq coupes, que trente arpens ont été vendus il y a treize ans, que les cent quatre vingt dix huit arpens restant sont peuplés d'un taillis de différentes essences ou le hêtre domine de cinquante à cinquante cinq ans fort élevés mais peu fournis et que la futaye est peu abondante et peu élevée qu'elle est presque toute composée de hêtres et chênes. »

« Le Roy en son Conseil ayant pris égard à la requette a ordonné et ordonne que le Sieur Mathieu Grand Maître des Eaux et Forêts du département des Duchés de Lorraine et de Bar ou les Officiers de la Maîtrise de Bourmont qu'il pourra commettre il sera procédé dans le cours des deux années consécutives à la vente et adjudication au plus offrant et dernier enchérisseur en la manière accoutumée tant du taillis que des arbres secs, viciés,dépérissant et nuisibles qui se trouvent sur les cent quatre vingt dix huit arpens de bois le plus âgé de la réserve et cy devant approuvé dans ceux dépendant de la communauté de Dampierre, à la charge pour ceux qui s'en rendront adjudicataires d'y réserver tous les arbres sains et d'espérance suivant la marque qui sera faite du marteau du Roy avant l'adjudication par les officiers de laditte Maîtrise dont procès verbaux seront par eux dressés pour être ensuite insérés dans le cahier des charges desdittes adjudications, de remettre le prix d'icelles le tiers des traites au profit de qui il appartiendra es mains des revenus généraux des domaines et bois desdits.... ( illisible) pour être employés sur les ordres dudit Sieur Grand Maître à l'acquit des charges de laditte communauté. Ordonne en outre Sa majesté que dans le nombre des arbres dépérissants il sera par les officiers de laditte Maîtrise fait marque aussi de soixante chênes pour être employés en nature de charpente à la nef de l'église dudit lieu et qu'après exploitation des dits bois celui qui reviendra sera et demeurera conservé pour croître en futayes sans que les suppliants, leurs successeurs ny autres puissent y faire aucune couppe si ce n'est en vertu de la permission de Sa Majesté. Seront les suppliants tenus de remettre au greffe de laditte Maîtrise les pièces justificatives de l'employ du prix desdits bois trois mois au plus tard après leur datte et sera le présent arrête enregistré au greffe de laditte Maîtrise pour y avoir requert si besoins

Est fait au Conseil d'Etat du Roy à Versailles le trente May mil sept cent soixante et quinze.

Délivré par le soussigné, greffier en chef au requérant le syndic de Dampierre. »

 

    L'EGLISE ST PIERRE et PAUL

    L'église est sous le titre « St Pierre et Paul » ce qui semblerait indiquer une grande ancienneté de la création de la paroisse.

En fin de compte, les réparations à l'ancienne église étant trop importantes et trop incertaines pour l'avenir, il est décidé de la démolir et de construire une nouvelle église.

On fait appel au Sieur GRUYER ( ou GRUIER), architecte à Vesoul qui dresse un devis très précis en date du 8 février 1777.

Il précise que l'église sera construite dans un terrain dépendant de la maison curiale qui est au joignant de l'ancien cimetière.... que la grande nef aura 72 pieds (*), 4 pouces, 6 lignes, les petites 66 pieds, 4 pouces, 6 lignes et que la voûte de la grande nef sera élevée de 28 pieds.

L'estimation est de 22 349 livres 11 sols sur laquelle on déduira 2 130 livres de matériaux récupérés dans l'ancienne église soit un montant de 20199 livres11 sols.

L'adjudication eut lieu le 15 octobre 1779.

« Aujourd'hui quinze octobre mil sept cent soixante dix neuf par devant Nous Nicolas Henry de Thabouret écuyer, Lieutenant général et subdélégué du bailliage royal de La Marche en Bassigny étant au greffe du village de Dampierre office de Conflans en Bassigny sur les deux heures de relevée assisté de Philippe Perreau bachelier en droit notre secrétaire, sont comparus les maire, .syndic, habitants de Dampierre comparant par Jean Julien syndic, Pierre Verdet, maire, Claude gentilhomme, Claude François Mautrant, Claude Jacquot, Claude Jean François Cachot, François Beugnot lesquels nous ont dit et remontré que pour satisfaire à la demande de Mgr Lieutenant de Lorraine et Barrois du dix sept may dernier mise au ban du devis du Sr Gruyer architecte à Vesoul du huit février 1777 portant le détail des ouvrages et fournitures à faire pour la construction à neuf de l'église dudit Dampierre dans l'emplacement y désigné au devant du presbytère, ils ont fait faire les affiches et proclamations nécessaires au désir de ladite ordonnance et annoncé au public que cejourd'hui lieu et heure présente il serait pardevant nous procédé à l'adjudication au rabais de toutes lesdittes fournitures et ouvrages …

Il ont fait intimer aux dits jour lieu et heure les décimateurs (*) dudit Dampierre savoir M. Nicolas Michel abbé de Clerc Fontaine (Clairefontaine) pour cinq parts et M. Etienne Pourtois prêtre et curé décimateur pour trois parts.... »

Plusieurs offres au rabais :

Charles Fry de Port sur Saône : 25 000 livres

Pierre Garet de Conflans : 24 000 livres

Augustin Fourneau à Neurey en Franche Comté:23 500 livres   

Pierre Garet de Conflans : 23 000 livres

Jean Forneau à Nuerey : 22 500 lives

Jean Baptiste (illisible) charpentier à Varigney : 22 400 livres

Charles Fourneau à Neurey:22 200 livres

Pierre Garet à Conflans : 22 000 livres

 

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A six heures du soir, l'adjudication est arrêtée et continuée le lendemain à huit heures du matin et les travaux sont adjugés à Jean Fournot (ou Fourneau), entrepreneur à Neurey pour la somme de 21 900 livres. !

(*) le Roi  est Louis XVI depuis 1774.

      le pied de Lorraine : l pied = 10 pouces= 28,5 cm

 

 

     L'église actuelle

    L'église construite en 1784 est un bâtiment important sans doute en raison de la population de cette époque pour le bourg de Dampierre et Varigney qui formaient une seule paroisse.

Elle présente une façade majestueuse avec 3 portails en anse de panier. Celui de gauche est bouché par le monument aux morts construit en 1920.

    Au dessus du portail principal un bas relief en forme de piédestal supporte un oculus circulaire.

Le clocher de type porche carré à toit bulbeux est relié aux bas-côtés par un quart de cercle concave. A l'intérieur une cloche de 1724.

Les tuiles écailles vernissées présentent un motif différent sur les 4 côtés ( ce qui est rare) dont une Croix de Lorraine qui rappelle le long rattachement de Dampierre à la Lorraine.

    L'intérieur est de type église-halle avec 3 nefs de cinq travées séparées par des colonnes cylindriques de grès rose à chapiteaux ioniques.Les dernières travées servent d'avant-choeur et de chapelles latérales. La voûte est en berceau.

Une belle chaire style Louis XV en bois naturel et doré ( Ecole de Boulangier) et un bel ensemble de bancs anciens (XVIII°) marqués et datés.

 

    A gauche , un petit autel retable à quatre colonnes torses entourant une toile de St Pierre et Paul, de chaque côté deux statues de bois doré des deux apôtres et deux cierges de confrérie laqué et dorés ( XVIII°)

 

    A droite, autel retable à deux colonnes corinthiennes entourant un panneau contre lequel a été placé une petite peinture représentant Notre Dame de Consolation ( XVIII°), sur l'autel une vierge de confrérie en bois doré (XVIII°). Des fonds baptismaux daté de 1656 provenant de l'ancienne église.

 

    Au centre, une table de communion en fer forgé (XVIII°), inscrite à l'inventaire. Le chevet triangulaire est décoré entièrement de boiseries à pilastres ioniques délimitant des panneaux sculptés de trophées en bois doré.

Le maître autel de style Louis XVI en forme de trapèze est orné d'un beau tabernacle en bois doré.

Au dessus du maître autel, une statue de St Pierre ( XVI°), en bois à l'origine polychrome.

 

  LES ARMES DE L'EMPEREUR SUPPRIMEES  (1793)

Les armes ( écusson) de l'Empereur (*) dans l'église ont été déposées par décision du conseil de Dampierre en date du 10 mars 1793.

" Ce jourd'huy, dix mars 1793 , l'an 2° de la République française, Jean-Claude Begout, procureur, demande que les officiers ont à faire ôter les armes de l'Empereur qui sont dans notre église... faute par eux de le faire qu'ils en supportent tous les inconvénients qui pourraient en arriver."

Il s'agit peut être d'une récupération de l'ancienne église puisque Dampierre est français depuis 1766 et l'église a été reconstruite en 1784.

(*) Il s'agit de l'Empereur d'Autriche .

 

 DESCENTE DES CLOCHES (1793)

Le 4 décembre 1793, un arrêté du département ordonne la descente de la cloche "  pour être transportée à Luxeuil et pour en recevoir le montant sur le mandat au receveur et de peser le le reliquaire et le petit ciboire en argent que le Conseil de la commune a donné pour subvenir aux besoins de la Natiun. le reliquaire et le petit ciboire pesaient pour les deux douze onces"(*)

" On reconnaîtra la cloche au milliaire 1724 ainsi que l'écrit portant St Pierre  apôtre , patron de Dampierre "

(*) : l'once vaut 1/16° de livre soit 30,594 g

 

Sources : archives communales de Dampierre lès Conflans

                 nouveau dictionnaire des communes ( SALSA , 1970)

 

 

 

 

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