La révolution de 1789

la Révolution

création : 26/11/2015

  

                                         LA REVOLUTION DE 1789

 

 

LA SITUATION EN 1789 : UN PAYS RICHE DANS UN ETAT PAUVRE ...

 

    En cette fin du XVIII° siècle, avec ses 26 millions d'habitants et ses ressources naturelles, la France apparaît comme le pays le plus peuplé et le plus puissant d'Europe. Malgré des difficultés économiques certaines et des disettes, le pays est prospère. Il n'y a qu'à constater le grand nombre d'églises et de bâtiments publics ou privés construits ou restaurés dans les années 1780. C'est le cas de l'église de Dampierre en 1784, nous en reparlerons particulièrement plus tard...

 

    La situation financière de l'Etat est catastrophique depuis le début du XVIII° siècle après les guerres ruineuses de Louis XIV et Louis XV, la banqueroute de Law sous Louis XV et surtout depuis l'expédition française, sous les ordres de La Fayette, contre l'Angleterre en Amérique du Nord qui aboutit à la création des Etats Unis en 1783 mais qui a coûté près de 2 milliards de livres. En 1789, les recettes budgétaires atteignent 475 millions , les dépenses 600 millions... Le remboursement de la dette, qui a été multipliée par 3 entre 1774 et 1788, absorbe à lui seul plus de la moitié du budget du royaume. Les dépenses de la Cour de Versailles coûtent 6% du budget a elles seules !...

Aussi devant la banqueroute menaçante, le Roi Louis XVI, décide en Août 1788 de convoquer les Etats Généraux pour le printemps 1789.

L'hiver 1788-1789 a été particulièrement dur, le blé est cher, la disette menace, certains s'enrichissent en stockant et en spéculant sur le le prix du blé...

 

LA SOCIETE

    On retrouve comme au moyen âge, une société hiérarchisée avec les mêmes classes mais qui ont subi des évolutions importantes qui n'ont pas été prises en compte.

 

LE CLERGE est très divisé. Il comprend :

- les hauts dignitaires : cardinaux, évêques, abbés issus généralement des cadets de la haute noblesse ou de la très grande bourgeoisie se souciaient moins de prier que d' encaisser les gros revenus liés à leurs titres et la dîme, ils vivaient souvent à la cour du Roi, venaient rarement en province...

  • - le bas clergé composé essentiellement des curés de campagne et des moines qui percevaient «la portion congrue» de la dîme, avaient du mal à vivre et à entretenir les églises, les monastères et les ornements du culte …

     

LA NOBLESSE très divisée, elle aussi :

- la haute noblesse vivait à la Cour à Versailles ( de 3 à 5 000 personnes), dépensait sans compter l'argent qu'elle n'avait plus, couverte de dettes, ne vivait que d'emprunt et des subsides générés par les titres et pensions octroyées par le Roi.

- la noblesse rurale, oubliée de la Cour et donc des largesses royales, avec des revenus provenant de leurs fiefs qui n'avaient pas évolué avec le temps. Ces nobles étaient cupides et utilisaient tous les moyens pour se procurer de l'argent ( rétablissements de droits oubliés, amendes etc... )

- la noblesse de robe, aisée, elles était composée de nobles récents qui avaient acheté leurs titres depuis peu en procurant ainsi de l'agent au trésor royal. Elle comprend des membres du Parlement, des hommes de loi, des personnages riches issus du commerce et de l'artisanat. Elle est méprisée par la « noblesse d'épée ».

 

    Ces deux ordres sont appelés «privilégiés» car ils étaient exempts de certains impôts et pouvaient accéder à certains postes dans le haut clergé, l'armée, l'administration etc...

Une fracture existe entre ces privilégiés. Certains comprennent bien que la situation ne peut perdurer et que des réformes sont nécessaires en particulier au niveau des impôts, on les a qualifiés d'«adhérents» Les autres les « protestants » veulent maintenir leurs privilèges à tout prix.

Le financier suisse Necker, ministre de Louis XVI, avait tenté quelques réformes dans ce sens, avec l'accord du Roi, mais il a été renvoyé à la demande des courtisans soutenus par la Reine Marie Antoinette et les frères du Roi, les futurs Louis XVIII et Charles X, qui comme la plupart des courtisans refusaient toutes réformes.

Louis XVI, plein de bonne volonté, était un Roi sans grande personnalité, velléitaire, dominé par son entourage.

 

LE TIERS ETAT

 

Cette classe de la société la plus nombreuse est elle aussi très partagée :

La bourgeoisie, classe laborieuse, comprenant les hommes de loi, d'administration, les médecins, certains artisans et commerçants. Une classe aisée, instruite, nourrie des philosophes : Montesquieu, Diderot, Rousseau, Voltaire et des pièces de Beaumarchais... et qui voudrait bien accéder au pouvoir.

Les paysans

La société paysanne est partagée elle aussi. On distingue « les laboureurs » qui possèdent des terres, les animaux de labour bœufs, chevaux et emploient les « manouvriers », paysans journaliers qui dépendent du laboureur pour exploiter quelques terres.

Tout en bas de l'échelle,les «serfs ».

L'esclavage avait été aboli à l'époque carolingienne grâce à la pression de l'Eglise. Le serf était considéré comme une personne alors que l'esclave romain était considéré comme une chose, mais il était toujours lié à la terre qu'il travaillait. On rencontre fréquemment des contrats cédant «une terre et des hommes»

Le statut de serf était héréditaire, il était lié à son seigneur par le «formariage» et la «mainmorte».

    • En vertu du droit de formariage le serf ne pouvait contracter mariage avec un serf d'un autre seigneur ou avec une personne de condition libre sans l'autorisation de son seigneur et en lui payant un droit.. Cette règle de formariage disparaît quasiment à partir du XVII° siècle.

    • La mainmorte était une survivance de l'esclavage romain. Les mainmortables ne pouvaient aller ailleurs sans laisser leurs biens au seigneur. Ils ne pouvaient les vendre. Le serf ne pouvait pas transmettre ses biens à ses héritiers, à sa mort, ses biens revenaient à son seigneur selon le principe «le serf mort, saisit le vif son seigneur».. L'objectif était d'éviter que les biens passent à des personnes extérieures à la seigneurie. Pendant sa vie , le serf jouissait librement de ses biens personnels. En réalité, le plus souvent, les héritiers devaient verser au seigneur soit un bien matériel ou du bétail ou encore une taxe particulière.

       

      On trouvait plusieurs forme :

      • «la mainmorte personnelle» lorsqu'elle s'attachait aux personnes

      • «la main morte réelle» lorsqu'elle concernait les biens

      • «la mainmorte générale» pour les deux... C'était la situation la plus dure pour les paysans qui s'en plaignaient

Le serf était «taillable ( imposable) et corvéable à merci»

La condition de servage diminua au cours des siècles par les affranchissements comme à Conflans (1248) et Dampierre (1319) avec de l'argent en compensation.

Alors que dans le reste de la France, cette coutume tendait à disparaître, elle a perduré en Franche Comté et tout particulièrement dans le Bailliage d'Amont (ancien nom de la Haute Saône) où une centaine de communautés subissent encore la condition de servage à la Révolution de 1789 en particulier sur les terres de l'Abbaye de Luxeuil.

Les habitants de Plainemont se plaignent «le village de Plainemont gémit depuis plusieurs siècles sous le joug d'une servitude la plus barbare. Il est dans la généralité de mainmorte...»

Ceux de Bassigney aussi :«de ne pas savoir pourquoi leurs biens passent à des étrangers à eux inconnus» ( Cahiers de Doléances de Plainemont et Bassigney, mars 1789).

La loi du 4 Août 1789 sur l'abolition des privilèges a mis fin définitivement à cette pratique féodale.

L'affranchissement collectif  : un traité d'affranchissement collectif accordé volontairement par le seigneur moyennant une somme ou une rente par exemple pour Conflans et Dampierre.

L'affranchissement individuel par « désaveu », c'est une spécificité comtoise. Le serf demande au seigneur de l'affranchir. Après accord,il devient alors « franc »mais en contrepartie, il abandonne tous ses biens meubles et immeubles à son seigneur ont dit qu'il choisit «  la liberté ou la terre... )

 

Il régnait une incompréhension totale entre une grande partie de la noblesse et du haut clergé et le reste de la population. ;

Un célèbre libelle des débuts de la Révolution, dû à la plume de Sieyès connut un extraordinaire succès.

« Qu'est ce que le Tiers Etat ?

Nous avons trois questions à nous faire.

1°. Qu'est ce que le Tiers Etat ? Tout

2°. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? Rien.

3°. Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose....

On verra... ce qui reste à faire au Tiers pour prendre la place qui lui est due...

 

A l'opposé, sur le principe soutenu par le Tiers Etat selon lequel une personne vaut un voix dans une assemblée , le Maréchal de Vezet, Président du Parlement de Besançon, représentant des « nobles protestants » déclare : « Cette égalité de voix est une chose impossible, elle achèverait d'anéantir entièrement la noblesse et ses privilèges. A terme, ce serait détruire la monarchie . Il faut donc que les deux ordres privilégiés se battent avec acharnement pour empêcher le Tiers Etat de sortir de la situation de minorité , d'impuissance politique dans laquelle l'a mis et le maintient la coutume »

 

Il faut rappeler que le vote aux Etats Généraux était prévu par ordre ( l voix pour chaque ordre.) qui devaient siéger séparément et non pas une voix par député. Donc , les résultats d'une proposition concernant une modification des privilèges étaient connus d'avance : 2 voix contre ( noblesse,clergé ), 1 voix pour ( Tiers Etat).... donc proposition refusée....

 

Lors de la réunion des Etats Généraux,à Versailles, une des premières revendication du Tiers Etat dont il obtiendra satisfaction, était que les 3 ordres se réunissent ensemble et que les voix soit individuelles et non par ordre.

 

 

LES CAHIERS DE DOLEANCES

 

Plusieurs dimanches depuis la mi-février, le Curé Pourtoy annonce en chaire dans son église toute neuve à ses paroissiens de Dampierre et Varigney qu'à la demande du Roi, ils devront se réunir un dimanche de mars pour rédiger un cahier su lequel on écrira toutes les doléances qui seront transmises au Roi.

Le 21 mars 1789, c'est dans l'espoir qu'on se réunit sur la place de l'église ou à l'église et qu'on fait part « à notre bon Roi » de tout ce qui ne va pas dans la paroisse. On cherche d'abord quelqu'un capable de rédiger correctement les différents articles, ce qui n'est pas facile à trouver dans un village où la plupart des habitants sont illettrés sinon on utilise un modèle tout préparé qui circule. Les habitants d'Anjeux recopient intégralement le modèle en laissant même le titre « Modèle des cahiers de Doléances des Campagnes »... ! D'autres comme à Bassigney ne s'en préoccupent pas et rédigent entièrement leur cahier en relatant toute leur misère.

On désigne 2 représentants qui iront le dimanche suivant porter le cahier à La Marche ( aujourd'hui dans le département des Vosges) chef lieu de Bailliage. On se souvient que Dampierre comme Conflans, Hautevelle et Girefontaine sont une enclave lorraine. Ces représentants désigneront 2 délégués ( qu'ils ne connaissent pas...) qui se rendront à Nancy et qui désigneront les députés du Tiers Etat aux Etats Généraux de Versailles. Nos voisins suivront la même procédure mais les représentants se dirigeront vers Vesoul, chef lieu du Bailliage d'Amont dont ils font partie, les élus iront choisir les députés aux Etats Généraux à Besançon.

Les cahiers de doléances contenaient en général 2 parties. La première est consacrée aux réformes générales de l'Etat. On y parle souvent sous la même forme de liberté, d'égalité, de droits, d'abolition des privilèges, de suppression des servitudes, des banalités, des dîmes. Cette partie est un peu compliquée pour nos ancêtres paysans, elle a été la plupart du temps recopiée sur les fameux « cahiers modèles » rédigés par des hommes de loi en termes souvent incompréhensibles à nos ruraux.

 

La seconde partie était plus intéressante car on peut y exprimer toutes les plaintes, les griefs, les rancœurs, les haines parfois... Avec bien sûr toutes les exagérations possibles !

Dans presque tous les cahiers, dans un paragraphe, on a écrit son attachement au Roi et l'espoir qu'on place dans ses futurs Etats Généraux.

Les cahiers sont conservés aux Archives départementales de Vesoul . Mais beaucoup ont disparu.

Malgré les recherches à Vesoul, à Epinal, à Bar le Duc, je n'ai malheureusement pas retrouvé celui de Dampierre et on ne sait donc pas les revendications de nos ancêtres. Mais rassurons nous, ils n'ont certainement pas manqué de se plaindre eux aussi … ! et quels ont été les 2 délégués qui se sont rendus à la Marche ?

Les cahiers seront ensuite résumés dans un « cahier général » qui sera envoyé à Versailles. Celui-ci ne reflète plus du tout les cahiers paroissiaux et ne reprend que la première partie avec des idées très générales. Les revendications particulières de chaque village sont oubliées … Et les paysans qui se figuraient que le Roi allait lire tous leurs écrits... !

Les membres du Clergé et de la Noblesse, moins nombreux, se réunissent directement au Bailliage et rédigent eux aussi un cahier qui on s'en doute est fort différent de celui du Tiers Etat et ils ont désigné des délégués qui éliront les députés pour Versailles.

 

En 1789, le Grand Bailli d'Amont était Antoine Comte d'Etenoz qui ne venait que très rarement à Vesoul ( Ce titre était purement honorifique mais lui permettait d'encaisser une bonne dotation financière …). I l ne sera même pas présent pour présider l'assemblée générale des 3 ordres. Il fut représenté par le Lieutenant Général du Bailliage Claude François Roux de Raze.

L'assemblée générale prévue pour le 16 mars ne se réunit que le 6 avril dans la salle d'audience du Présidial où le Tiers Etat reste ensuite, tandis que le Clergé se réunit au Collège et la Noblesse à l'Hôtel de Ville. (chaque ordre doit se réunir séparément)

Les élections des 6 députés du tiers Etat pour Besançon durent 3 jours. Sont élus :

Claude François Roux de Raze, Lieutenant Général du Bailliage d 'Amont

Charles Claude Gourdan, Lieutenant criminel au Bailliage de Gray

Claude Alexis Cochard, avocat à Vesoul

François de Nanthou, lieutenant Général du Bailliage de Gray

Pierre Antoine Durget, de Vesoul avocat au Parlement

Claude Antoine Pernel, notaire royal à Moffans

Les suppléants sont : Claude Joseph Perreciot, avocat, Conseiller aux finances et Pierre Joseph Bressand, de Raze, avocat au Parlement.

Ce sont tous des bourgeois, hommes de loi ou d'administration. Les paysans pourtant largement majoritaires ne sont pas représentés...

Les 3 députés du clergé :

Pierre François Clerget, Curé d'Ornans qui faisait alors partie du Bailliage d'Amont)

Claude Benigne Lompré, Chanoine du chapitre de Champlitte

Claude Germain Rousselot, Curé de Thiénans

Dom Noirot, procureur de l'Abbaye de Luxeuil est élu suppléant.

Il faut noter qu'aucun membre du haut clergé n'est élu.

 

Le clivage dans la Noblesse fait qu'ils n'ont pas pu s 'entendre. Ils ont donc désigné 2 listes de députés une d' »adhérents » avec Bureaux de Pusy, Marquis de Toulongeon, Chevalier d'Esclans, l'autre de »résistants » avec le Prince de Bauffremont, Marquis de Moustier, le Président Mareschal de Velet. qui se rendront à Versailles, l'administration royale tranchera et ne conservera que :

Hippolite , Marquis de Toulongeon, Comte de Champlitte

Jean Xavier Bureaux de Pusy, capitaine du génie, seigneur de Citey.

Charles Marie Masson Chevalier d'Esclans, de St Loup les Gray.

avec comme suppléant Philibert Raclet ,Baron de Mercey, capitaine de dragons.

 

LA GRANDE PEUR DE 1789

 

Comme beaucoup d'entre nous, j'avais toujours cru, comme on nous l'apprenait à l'école, que la Révolution de 1789 était une « affaire parisienne ». Grâce à l'ouvrage « La Révolution en Haute Saône » de Jean Girardot paru en 1973 (SALSA), nous avons pu rectifier nos connaissances et apprendre que l'insurrection populaire a été aussi forte dans notre région.

Voici quelques faits locaux significatifs

Dès le mois d'avril 1789, régnait un climat d'excitation parmi les masses paysannes (émeutes, agressions contre les gardes,les intendants,refus de paiements etc.. ) , sans doute après la rédaction des cahiers de doléances , ont-ils pensé que leurs revendications allaient être réalisées immédiatement …

Le 6 avril, 40 paysans de Mailleroncourt-Charrette arrivent à Vesoul armés de bâtons en disant que « 10 à 12 000 personnes des environs n'attendaient que le signal de la grosse cloche pour intervenir... »

Le 23, le château d'Aymonnet de Contréglise est attaqué par une multitude d'habitants du village et des environs qui jettent des pierres contre la porte en criant : « Sors donc Contréglise, nous te donnons des poules, nous te faisons des corvées.Il y a longtemps bougre de voleur que nous t'en payons. Nous venons brûler les registres, démolir ton château, brûler tes reconnaissances... »;Après avoir coupé des arbres, ils forcent la porte du colombier, tuent les pigeons, mettent le feu aux écuries et menacent de tuer le seigneur et sa famille. Tous les jours, ils se rassemblent au son du tocsin.

Le 5 mai, en l'absence de Benoît de Montgenet, seigneur de Jasney, les habitants se réunissent au son de la cloche « même les mères ayant leurs enfants sur les bras... » Ils enlèvent les bancs qu'il avait à l'église, mutilent les armoiries et les titres féodaux et transportent le tout dans la cour du château en proférant des menaces.

De fausses nouvelles sont propagées. Le sieur Leblond, arpenteur à Amance écrit : «  Ce qui mit le comble au désordre, il y eut des méchants qui parcoururent de village en village qui publiait et disaient qu'il y avait un ordre du Roi qui leur permettait de détruire les châteaux et même de se défaire des seigneurs »

Ce fait est rapporté par plusieurs témoins. De faux ordres signés « Louis » annonçaient que les dîmes, cens, redevances étaient abolis par le Roi et qu'il était permis de détruite les châteaux et les monastères et même de se dééfaire des seigneurs.

A Luxeuil, les émeutiers montrent un faux édit portant que «  tout brigandage, pillage, destruction est licite  « Dépéchons nous, nous n'avons que jusqu'au 28 » se disent les paysans de Jasney.

L'annonce, le 17 juillet, de la prise de la Bastille et « l'Affaire de Quincey » amplifient les émeutes.

Jean Antoine de Mesmay, Conseiller au Parlement de Besançon était seigneur de Quincey. Il avait été averti d'attaques probables contre son château et sa personne. Il quitte Quincey le 17 juillet en recommandant de laisser entrer tous ceux qui se présenterait et de leur servir du vin.

Le 18 , vers 7 heures du soir, une troupe de vésuliens accompagnée de soldats de la garnison se rend à Quincey pour fêter le retour de Necker. Comme convenu on leur sert du vin.Des soldats pénètrent dans l'ancien four où ils trouvent un tonneau qu'ils se mettent en devoir de défoncer. Mais au lieu de vin comme ils croyaient, il contenait de la poudre et comme ils étaient munis de chandelles, une formidable explosion retentit. Le toit du bâtiment est soulevé, 2 soldats sont tués, un troisième est projeté au loin, une femme est tuée aussi et plusieurs personnes sont blessées. On croit à une préméditation. Le tocsin sonne à Vesoul, les gens ameutés se dirigent vers Quincey. Le château est pillé, incendié, plusieurs fermes voisines sont démolies.

Ce fait eut une répercussion nationale. Un procès-verbal de gendarmerie est établi et envoyé à l'Assemblée Nationale et lu à la tribune par Pernel, député du Baillage d'Amont, le 25 juillet. Il commenta avec exagération ainsi l'accident, car il s'agissait bien d'un accident « Après l'explosion, le sol était couvert d'hommes flottant dans le sang,...de cadavres épars... »L'Assemblée est indignée, les gazettes traitèrent M. de Mesmay de « Caligula... Néron...monstre vomi de l'enfer ;;; »

Une enquête est effectuée et la vérité est rétablie. M. de Mesmay n'est innocenté que le 30 mai 1791, mais entre temps, il avait émigré en Suisse...

A la même date, 5 à 6000 vosgiens de la région de Bains parcourent la région et brûlent tous les registres des greffes. Ils se rendent à Vauvillers pour « détruire le château et couper la tête à la Duchesse de Clermont-Tonnerre »Elle réussit à se cacher sous un tas de fagots et elle sera délivrée par un détachement des chasseurs de Franche Comté qui mit en fuite les émeutiers après en avoir tué quelques uns.

A Jasney, M. de Montgenet, le seigneur, est encore une fois malmené et après obtenu la renonciation à ses droits seigneuriaux, les paysans se dirigent vers Cuve « allons chez ce foutu gueux de Passeroux à Cuve lui en faire autant ».

Le 21, les habitants de Corbenay pillent le prieuré de Fontaine. Les religieux sont molestés. La demeure du notaire est forcée, les papiers sont volés.

 

Le même jour, le tocsin sonne dans tous les villages des alentours de Luxeuil. Les paysans se rassemblent armés de pieux, bâtons, haches, faux et fusils. Ils arrivent aux portes de la ville en envoient six d'entre eux pour demander de l'Abbaye la remise de tous les titres. L'Abbé de Clermont-Tonnerre accède à toutes leurs exigences. Mais l'excitation de la troupe nombreuse était telle que , dans l'après midi, la ville est envahie. L'abbaye est saccagée et en particulier la magnifique bibliothèque dont tous les livres sont jetés par la fenêtre et brûlés par ignorance en croyant détruire les chartriers. Les meubles sont brisés...

900 paysans de la Vaivre, Fontaine et Corbenay arrivent à St Loup et mettent à sac la cure, le greffe et le bureau de la ferme des impôts. Ils mangent et boivent tout ce qui leur tombe sous la main « ils burent tant que sur le soir on vit une partie de ces misérables étendus sur le pavé », rapporte un témoin.

Les 21,22,23 juillet, les paysans de Menoux se rendent plusieurs fois par jour chez la Comtesse de Raigecourt ( 88 ans) et la menacent pour qu'elle leur cède tous ses bois.

Le 22, à Jasney, de Mongenet, est obligé de s'enfuir et de se cacher au presbytère de Dampierre devant l'attaque de 400 paysans qui commettent des dégâts dans son château et boivent plus de dix pièces de vin... Les émeutiers le découvrent et menacent de mettre le feu au presbytère et l'obligent à signer devant notaire l'abandon de tous ses droits « et même de ceux dont il n'avait jamais joui et qui n'existaient pas... » en disant « Il faut que tu sois tout comme nous et pas plus que nous... »

A Clairefontaine, les paysans, dont ceux de Dampierre, brisent les meubles, brûlent une partie des archives, enlèvent les tuiles des toits. Ils sont interrompus par détachement des Chasseurs de Vesoul.

Le 23 juillet, 800 émeutiers des villages voisins assiègent le château de St Rémy. La Duchesse de Broglie fit appel à la garnison de Vesoul. Pourtant, le Seigneur de St Rémy, Charles Victor de Broglie faisait partie des nobles libéraux qui acceptaient les réformes.

Le 24,les paysans de la terre de Vauvillers obtiennent de la Duchesse de Clermont-Tonnerre, par acte notarié, l'abandon de tous ses droits. Mais le lendemain, 800 paysans armés d'Ambievillers et des communes voisines des Vosges menacent la Duchesse qui se cache dans une remise. Les échevins tentent en vain de les calmer. Ils parcourent les rues de Vauvillers et ravagent en passant les maisons du contrôleur, du notaire, du receveur des fermes, brisent les meubles et fenêtres du château et commencent à y mettre le feu.

Un habitant accourut à St Rémy pour supplier la Duchesse de Broglie d'envoyer à Vauvillers le détachement de chasseurs qui la protégeait depuis la veille. Egoïstement la Duchesse refusa. Cependant l'officier qui commandait le détachement passa outre A l'arrivée des soldats à Vauvillers, une véritable bataille s'engagea. 10 à 12 émeutiers sont tués, un grand nombre blessés et 18 prisonniers. Les dégâts sont évalués à 20 000 livres ...Là encore, l'intervention des soldats appuyés par les habitants a permis de rétablir le calme....

Ces scènes d'insurrection se produisent un peu partout dans la région et dans toute la France. Beaucoup de nobles apeurés émigrent vers la Suisse en attendant des jours meilleurs... Ils sont très loin de se douter qu'ils sont partis pour plusieurs années...

Il est à noter que les maîtres de forges, comme à Varigney, ont été épargnés sauf la forge de Betaucourt et la retenue d'eau de Conflandey.

 

On comprend mieux, avec ses événements, la nuit historique du 4 au 5 Août 1789, dite de « l'abandon des privilèges ». La plupart de ceux-ci ayant déjà été abandonnés sous la contrainte et la peur... ! Les privilégiés espéraient bien tout récupérer, le calme revenu...

 

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