Le choléra en 1854

le choléra

création :28/11/2015

dernière mise à jour : 13/01/2016   

  

            LE CHOLERA en 1854

 

    Notre région subit de nombreux assauts d'épidémies de choléra en 1832 mais surtout pour nous en 1854

Le choléra sévit depuis toujours d'une manière endémique en Asie du Sud et en extrême orient ( en particulier dans le delta du Gange en Inde)

    Au XIX° siècle à six reprises , la pandémie atteint l'Europe et causa des millions de morts. La contagion s'est propagée à partir des pèlerinages musulmans de La Mecque, puis dans le bassin méditerranéen par les ports.

    Le choléra est une maladie à incubation courte caractérisée par des selles très fréquentes, des vomissements, une soif intense, un amaigrissement rapide, des crampes douloureuses dans les membres, un ralentissement du pouls, un abaissement de la température à 35° et se terminant la plupart du temps par la mort en collapsus cardio-vasculaire.

Le bacille responsable (bacille virgule ou vibrio comma) de la maladie fut identifié par Koch en 1884.

Notre commune ( Dampierre et Varigney) fut particulièrement atteinte par l'épidémie de l'été 1854. puisque les registres d'état civil dénombrent 40 morts au cours du mois d'août, les journées des 4, 11 et 15 août virent chacune 4 décès, 3 décès les 9, 10 et 24 août...

On relève 9 228 victimes pour la Haute Saône. Beaucoup de communes voisines sont touchées. Par exemple Jean Reyboz a noté 53 victimes à Anjeux.

 

RELEVE DES DECES PENDANT L'EPIDEMIE DE CHOLERA du 3 AOUT au 3 SEPTEMBRE 1854

Abréviation : D. = Dampierre V. = Varigney

 

               3 Août : BOUCHEZ Joseph, 3 ans, de BOUCHEZ Jacques et GUILLEBERT Joséphine, V.

 

               4 Août : CHARTON Marie Augustine, 4 ans, de CHARTON Marguerite, D

  1.        TENDEY François, 47 ans, releveur de charbon, de TENDEY Joseph et COCQUARD Charlotte, V.
    1. LARDY Marguerite ép. GIRARDOT Joseph, 36 ans, sans profession, née à Mailleroncourt-Charette de LARDY François et LIENARD Marguerite, V.
    2. HENRY Gilbert, 19 ans, manœuvre, né à Aillevillers de HENRY Constant et CREUX Marie Madeleine, V.JULLIEN Judith, 37 ans, journalière, née à D. de JULLIEN Jean Baptiste et GENTILHOMME Marie Joseph, cultivateurs, D.
    3. 5 Août : GIRARDOT Adolphe, 2 ans, de GIRARDOT Joseph et LARDY Marguerite, V.
    4. 7 Août : PETITJEAN Paul, 21 ans, sableur, né à Mailleroncourt-Charette de PETITJEAN Pierre, sableur, et BARBEROT Anne, V.
    5. 8 Août : ARNOUX Barbe ép FORMET Charles, 42 ans, vigneronne, de ARNOUX Jean- Baptiste et GRANJEAN Catherine, D.9 Août :     THIERY François ép de MOUGIN s Sophie, 29 ans, fondeur, de THIERRY Marie Marguerite,
    6. GUILLOT Jean-Baptiste 39 ans, , cultivateur, de GUILLOT Jean-Claude et BEGOUT Thérèse, D.
    7. JULLIEN Jeanne Baptiste, 35 ans, journalière, de JULLIEN Jean-Baptiste et GENTILHOMME Marie Joseph, cultivateurs, D.
    8. 10 Août : GENTILHOMME Marie Josèphe, 55 ans, ép. JULLIEN Jean-Baptiste, cultivatrice, de GENTILHOMME Jean-Baptiste et GARNIER Jeanne, D.
    9. GUILLEBERT Joséphine ép. BOUCHEZ Jacques, 39 ans, née à Corravillers, de GUILLEBERT Jean-Baptiste « on ignore le nom de la mère » V.
    10. THIERY Marie Marguerite, 54 ans, née à La Pisseure, «  les témoins ignorent le nom du père et de la mère », V.
    11. 11 août : BURGEY Françoise ép. ROBERT Joseph, manœuvre, 66 ans née à Neurey en vaux de BURGEY Marguerite, V.

THIERY Joseph Adolphe, 20 mois, de THIERY François et MOUGIN Sophie, V.

MIGNARD Françoise,52 ans, ép. BELET Joseph, sableur, de MIGNARD Nicolas et FILLON Barbe, V.

MARQUAND Jeanne Marie ép. SERVIN Jean-Pierre, garde champêtre, 54 ans, couturière, née à St Rémy de MARQUAND Jean-François et BAGUET Thérèse, D.

 

12 Août : CHARTON Marguerite, 33 ans, manouvrière, née à (D) de CHARTON Philippe et PRUDON Jeanne, D

  1. 13 Août : THOUVIGNON Maria ép. ARGENTON Charles, sableur, 46 ans, née à Vouthon- Bas ( Meuse) de THOUVIGNON Dominique et THOUVIGNON Anne, 
    1. 14 Août : MARIE Marie Thérèse, veuve ARNOUX Charles, 51 ans, journalière, née à D. de MARIE Jean-Baptiste et ROUSSE Marie, D.

       

      15 Août : ANDREY Marie Joseph ép. BELET François,71 ans, née à Lure de ANDREY Joseph et FRECHAIN Marie Anne, V.

      SALMON Pierre Georges, 3 mois, de SALMON François, sableur et BELET Françoise, V.

      FILLON Lize,12 ans, née à Mailleroncourt-Charette de FILLON Ignace et GODEFROY Véronique, V.

      JULLIEN Joseph,36 ans, ép. De PETITJEAN Joséphine, manouvrier, né à D. de JULLIEN Jean-Baptiste, cultivateur et GENTILHOMME Marie Joseph, V.

       

      16 Août : RAGONNET Marie, 32 ans, en domesticité, née à Velorcey, de RAGONNET Claude et BRIAUCOURT Rosalie, V.

      TENDEY Jean-Baptiste, 12 ans, de TENDEY François et GEORGES Marguerite, V.

       

      18 Août : BELET Charles,45 ans, ép. De ROUSSEL Jeanne, sableur, de BELET Pierre et RONDOT Françoise, V.

       

      19 Août : JULLIEN Virginie, 18 ans, épouse PARENT Thomas, née à D. de JULLIEN Jean- Baptiste et GENTILHOMME Marie Joseph, D.

       

      20 Août : COPPEY Marie Léonie, 2 ans, née à D. de COPPEY François Xavier, maréchal- ferrant, et GUILLOT Joséphine D.

      COURTOISIER Anne Catherine, 72 ans, veuve de CACHOT Jean-Pierre, rentière, de COURTOISIER Toussaint et CARREY Thérèse, D.

       

      22 Août : PARENT Marie Jeanne, 3 ans, née à (D) , de PARENT Thomas, vigneron et JULLIEN Virginie, D.

       

      24 Août : COLLAS Jean-Baptiste, 78 ans, veuf de MATHE Louise, charron, né à D. de COLLAS Joseph et PONCOT Agnès, D.

      MAILLOT Véronique ép. FILLON Auguste, 37 ans, de MAILLOT Pierre et GARRET Catherine, V.

      FILLON Marie Lucie, 5 mois, de FILLON Gustave, sableur, et LOUIS Mélanie, V.

       

      25 Août : CACHOT Jean-Baptiste, 50 ans, ép. de PHILLIPOT Jeanne, cultivateur , né à D. de CACHOT Ignace et CAREY Françoise, D.

       

      29 Août : BELET Jean-Baptiste, 8 ans, de BELET Joseph et BOULANGER Elysabeth, V.

       

      2 Septembre : COURTOISIER Claude, 7 ans, né à D. de COURTOISIER Joseph, cultivateur, et LAURENT Catherine, D.

      PARENT Anna Célina, 1 an 8 mois, née à D. de PARENT Thomas et JULLIEN Virginie, D.

       

    Au total 40 décès du 3 août au 3 septembre 1854, 58 pour l'année. De 1848 à 1859 ( sans 1854), la moyenne des décès pour la période considérée avait été de 0,6 et de 14 en moyenne par an.

La population de Dampierre était en 1851 de 700 habitants, les décès représentent 5,7 % de la population.

On peut noter que tous les âges sont touchés ( de 3 mois à 78 ans ), mais plus particulièrement la tranche 0/5 ans et 30/40 ans ( 9 décès) avec aussi une proportion supérieure de filles et de femmes ( 55 %) et près de 60% sont domiciliés à Varigney.

En regardant attentivement les noms des victimes, on s'aperçoit que des familles sont particulièrement atteintes comme Jean-Baptiste JULLIEN, cultivateur à Dampierre qui perdit son épouse (55 ans), 3 filles (37, 35 et 28 ans), 1 fils (36 ans) et 2 petites filles (3 ans et 20 mois)...

 

Répartition des décès

Tranches d'âge       Masculin Féminin Total

  1. 0/5 ans 4 5 9
    1. 5/10 ans           2                0            2

    2. 10/20 ans        2                 1             3

    3. 20/30 ans       2                 1             3

    4. 30/40 ans       2                 7            9

    5. 40/50 ans       2                 2            4

    6. 50/60 ans       2                 4            6

    7. 60/70 ans       1                 0             1

    8. 70 ans et plus  1                 2             3

      TOTAL             18              22          40

 

    L'administration communale et départementale font tout ce qui en leur pouvoir pour enrayer l'épidémie.

    Le Préfet Dieu, (*) dans une circulaire du 30 juillet 1854, autorise les maires à faire des dépenses d'urgence :

« MM. Les maires auront soin de demander au conseil municipal le vote de crédits destinés à couvrir les dépenses... J'approuverai également les allocations qui pourraient être votées par les conseils municipaux en prévision du choléra... S'il y avait urgence absolue, je permets de nouveau, comme je l'ai fait d'une manière spéciale pour chaque commune atteinte du fléau qu'il en soit fait emploi immédiat ... »

Le Maire de l'époque , Alexis Chantret (*), jugeant la situation particulièrement critique, réunit le 14 août son conseil municipal composé de Pierre Désiré Jacquot ( Adjoint), Constantin Verdet, Etienne Gentilhomme, Claude François Cachot, Jean-Claude Philippot, Augustin Boudret, Jean Marie, Jérôme Patret, Placide Cachot, Jean-Baptiste Guillot le vieux et François Xavier Coppey. Le Maire expose que  «par suite de l'épidémie qui a lieu et sévit à Dampierre et Varigney depuis le 3 août, il a requis 3 hommes pour faire les fosses et les a fait nourrir par Jean-Claude Petit, aubergiste à Dampierre et qu'il a envoyé à St Loup trois exprès avec une ordonnance de M. le Docteur Doillon de Conflans chargé de soigner les malades de Dampierre et Varigney pour procurer au nom de la commune les remèdes et médicaments nécessaires pendant l'épidémie »

Le Docteur Doillon de Conflans soigne les malades avec beaucoup de dévouement.

Le conseil municipal félicite le Maire « le conseil municipal voit avec la plus grande satisfaction les peines et les soins que M. le Maire prend pour soulager les malades pendant l'épidémie régnante dans la commune, lui en offre ses remerciements et lui témoigne sa reconnaissance »

Le Maire est autorisé « à payer au sieur Dufit, aubergiste, la somme qui lui sera due pour la nourriture du fossoyeur et à payer également à M. Ferry, pharmacien à St Loup, la somme qui sera due pour médicaments »

Un crédit de 300 F est ouvert et le Maire est autorisé «à faire au sujet de l'épidémie toute espèce de dépense qu'il croira convenir pour combattre ce fléau ».

    L'administration départementale se préoccupe aussi du sort des nombreux orphelins des victimes du choléra. Dans une circulaire du 17 août 1854, le Préfet Dieu s'adresse aux maires :

« Par suite de l'épidémie qui a sévi dans un certain nombre de communes du département, beaucoup d'enfants orphelins se trouvent dénués de tous moyens d'existence. En attendant que des mesures générales soient prises pour pourvoir à leurs besoins et pour les faire élever dans des familles ou dans les communes auxquelles ils appartiennent, il est nécessaire de leur procurer de quoi vivre ainsi que les soins que demande leur jeune âge.

Je vous invite, Messieurs, à faire appel, pour cet objet, à la charité privée, en cas d'insuffisance, vous pourrez prélever une somme sur les crédits que j'ai autorisés à l'occasion du choléra afin de fournir des aliments à ces malheureux orphelins. Il suffit qu'on leur assure la subsistance et les soins pendant un mois ou deux. Pendant ce temps j'espère pouvoir organiser d'une manière générale l'assistance des orphelins du choléra. »

Le lendemain, il rappelle aux maires les instructions sur les visites en maison comme mesures préventives :

« Quel que soit le soin que j'ai pris de répandre à profusion dans les communes les instructions concernant les moyens préservatifs du choléra, afin que chaque chef de famille puisse les connaître et les avoir à la main, j'apprends tous les jours que des individus atteints par le fléau les ignorent ou ont négligé de les suivre... Partout les médecins ont constaté que le mauvais régime et les imprudences entrent pour plus de moitié et souvent pour les deux tiers dans les accidents de l'épidémie...

J'ai déjà invité MM les maires et je les invite encore à distribuer eux-mêmes ou à faire distribuer les médicaments préventifs les plus indispensables en attendant l'arrivée du médecin. J'ai prescrit aussi d'organiser dans chaque commune une commission dont les membres seront chargés de faire chaque jour, et plusieurs fois par jour, s'il le faut des visites dans toutes les habitations et d'indiquer aux personnes atteintes de coliques graves, de diarrhées ou d'envies de vomir, les précautions qu'elles doivent prendre pour empêcher le mal d'augmenter... leur administrer sur le champ la pilule d'opium ou le lavement au laudanum(*) indiqué par les instructions médicales... « 

Des instruction:

Pour lutter contre la maladie, les autorités et la population ne pouvaient que suivre les instructions officielles dont voici quelques extraits :

« les Maires s'occuperont immédiatement de l'enlèvement des fumiers, du dessèchement des mares, du comblement des trous et ornières... (Arrêté du 12 Avril 1832 du Préfet Thierry)

« Ne faire ni jeûne ni abstinence...Manger modérément... Ne pas boire d'eau pure...Ne jamais garder les pieds froids... Eviter avec soin les acides ( citron, groseille, vinaigre, oseille etc...ainsi que les choux et le fruits cuits...» ( Petites lectures de la Société St Vincent de Paul publiées au Recueil des Actes Administratifs en 1832) (*)

« Observer la plus grande propreté sur soi et dans son logement... Eviter tout refroidissement surtout du ventre et des pieds, éviter de poser les pieds nus sur le carreau ou sur la terre froide... Les ouvriers qui seraient obligés de travailler dans un lieu froid ou humide feront bien de porter des sabots... Rentrer chez soi de bonne heure... La sobriété est recommandée car on a observé que les ivrognes et les gens livrés à la débauche étaient très exposés à être attaqués du choléra... Il est bon d'ajouter à la boisson deux cuillerées par bouteille d'eau de vie ou d'absinthe... » ( Recueil des Actes Administratifs N°6 de 1832) .

Dès qu'on aura la colique ou la diarrhée :

« On prendra une pilule d'opium, on se mettra au lit, on se tiendra les pieds chauds, on appliquera sur le ventre un cataplasme de farine de grain de lin, on restera à la diète, on boira une infusion de thé ou de camomille ou de menthe avec une cuillerée à café de rhum ou de bonne eau de vie. S'il y a opiniâtreté dans les récidives rien de plus efficace qu'un vomitif à l'ipécacuana (*) ou qu'une purgation saline...

Les personnes qui ne savent pas prendre de pilule remplaceront par une cuillerée de sirop de pavot blanc ou par trois petits lavements donnés d'heure en heure composés chacun d'un verre d'eau tiède où l'on délaiera une cuillerée d'amidon et où on ajoutera 7 gouttes de laudanum... »

Lorsque la maladie était déclarée , il semble que le seul remède fut la pilule d'opium ou le sirop de pavot.

    De nombreux cas de dévouement envers les malades furent signalés et récompensés en 1855 en particulier parmi les médecins, les prêtres, les religieuses et les instituteurs qui ont fait leur devoir avec beaucoup d'abnégation , compte tenu des risques encourus, et ont été récompensés.

Certains ont été sanctionnés par le Préfet Dieu. Ce fut le cas entre autres de M. Menard, maire de Melecey qui a été suspendu de ses fonctions pour six mois pour avoir interdit au cantonnier Vaillant d'habiter à Melecey parce que ce dernier « était allé courageusement soigner le cantonnier de Villers-la-Ville, malade du choléra... », ainsi que du Docteur Plumerel, médecin cantonal du canton de Vauvillers, qui est révoqué de ses fonctions par le Préfet Dieu, le 28 juillet 1854 « considérant que M. Plumerel, médecin cantonal du canton de Vauvillers, a refusé les secours médicaux aux personnes de Selles atteintes par l'épidémie qui règne dans plusieurs communes du département, qu'une telle conduite, si exceptionnelle dans le corps médical, dont un grand nombre de membres se sont signalés par leur dévouement, l'a rendu indigne de la confiance de l'administration dont il était revêtu comme médecin cantonal »

 

  1. Hippolyte DIEU ( 1812 / 1887) fut Préfet de Haute Saône de 1850 à 1860.

  2. Alexis CHANTRET fut Maire de Dampierre lès Conflans de 1843 à 1873

  3. laudanum : du latin ladanum ( résine de ciste, arbrisseau méditerranéen )

  4. selon les instructions de H. Gouraud, professeur agrégé de l'école de médecine de Paris

  5. ipécacuana : arbrisseau d'origine brésilienne dont la racine est utilisée comme vomitif

   

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