Premier Janvier 1900

création : 13/11/2017

 

                                            Le Premier Janvier 2000

     Mon allocution de Maire de Dampierre lès Conflans à l'occasion du 1° Janvier 2000 à la salle communale.

     Mesdames, Messieurs, chers amis....

     Merci tout d'abord d'avoir accepté notre invitation. L'An 2000 est une date symbolique tant attendue par certains, tant redoutée par d'autres. Il est important de la marquer d'une façon conviviale.

     Vous connaissez tous maintenant ma passion pour la recherche historique locale. Si vous me le permettez, nous allons faire un retour en arrière de 100 ans...

     Nous nous reportons donc au mardi 2 janvier 1900.Jules HUGOT, le Maire de Dampierre lès Conflans depuis 1884, devant sa cheminée réfléchit. Il vient comme ses 606 concitoyens de changer de siècle.

     Il en a connu des régimes depuis sa naissance en 1833 : la Monarchie avec le Roi Louis Philippe 1°, puis la 2° République en 1848, le second Empire avec Napoléon III en 1852, et enfin la 3° République depuis 1870. Cela n'a pas bouleversé sa vie de paysan.

     Lui, ne se plaint pas, c'est un paysan assez aisé, un laboureur comme on dit avec ses 5 vaches, ses 2 bœufs et une paire de cochons.Il est propriétaire de sa maison et d'une bonne partie de terres, de prés, de vignes, de chenevières et de bois. Il est reconnu par ses concitoyens qui l'élisent régulièrement depuis 1870 au conseil municipal.

     Jules se dit qu'il faudra bientôt penser à vérifier l'état de ses outils en vue de la prochaine saison : sa charrue, les râteaux, les fourches, les pioches, la faux, la bêche...

     Ah, c'est vrai il va falloir apporter les pioches et la faux chez l'Alphonse MARIE, le maréchal ferrant du village et la roue du chariot chez Jules BOBAND, le charron.

     Le travail de la terre et l'outillage n'ont guère évolué depuis des siècles et il n'y a aucune raison pour que ça change …

Il est bien loin d'imaginer la formidable évolution technique qui marquera l'agriculture de ce 20° siècle qui commence.

     Lundi prochain, il prendra le train à la gare de Varigney jusqu'à St Loup pour aller au marché, mais beaucoup de dampierrois y vont à pied pour économiser quelques sous.

     La dernière fois, à St Loup, il a vu le notaire sur une drôle de machine pétaradante et qui marche au pétrole qu'on appelle automobile. Une Dedion Bouton. Il paraît qu'elle roule à 30 km à l'heure ! C'est de la folie...C'est encore une de ces inventions qui n'aura pas de suite...

     Dans le « Nouvelliste » ou « les Petites affiches de la Haute Saône » qu'il lit de temps à autre, il a lu qu'on pouvait se parler à distance avec le téléphone ou écouter de la musique et des chansons avec un appareil appelé phonographe . Ca , c'est pour les parisiens, c'est sûr...

     Notre Jules rêve d'aller à Paris pour l'exposition universelle qui s'ouvrira en avril prochain.Il pourra vérifier si tout cela est vrai. Mais surtout ce qui l'intrigue, c'est l'électricité . D'après ce qu'il a lu on a éclairé tout le centre de Paris avec cette invention du diable. De toute façon , c'est par pure curiosité, ça n'arrivera jamais à Dampierre .

     Il y a même des fous qui essaient de voler. Pourquoi pas aller sur la lune pendant qu'ils y sont comme dans les livres de Jules VERNE !

     Notre Maire de l'époque est loin d'imaginer toutes les évolutions techniques du siècle qui s'achève aujourd'hui.L'électricité arrivera à Dampierre en 1925, une cabine téléphonique sera installée chez René CALAND, le boulanger, en 1930, la radio, la télévision ( la première télévision chez les MOUGE en 1962).... Ca ne peut pas fonctionner à Dampierre me répétait-on à l'époque ….sans parler de l'électronique, du téléphone, du magnétophone, du magnétoscope, de l'informatique, internet etc... et la liste continuera...

     Comme tous les hommes de son temps, Jules HUGOT est patriote, il a le regard tourné vers la ligne bleue des Vosges et rêve de récupérer l'Alsace et la Lorraine que les prussiens, ces ennemis héréditaires, nous ont pris après la défaite de 1870. Heureusement pour lui, il quittera le monde en Mai 1914 quelques mois avant le terrible conflit qui embrasera l'Europe et vit la perte de plusieurs de ses administrés. Il ne saura rien non plus de la 2° guerre mondiale et de ses horreurs....

     Ce 20° siècle fut comme les autres entaché de la barbarie des hommes mais il a fait naître l'espoir d'un avenir meilleur avec la réconciliation avec l'Allemagne, la création de l'Europe qui nous a permis d'être en paix avec nos voisins depuis 55 ans ce qui n'était jamais arrivé.

     Jules jette un coup d'oeil à son épouse Rosalie Désirée CACHOT qui s'affaire à préparer le souper sur le fourneau à 4 marmites de Varigney. Pas de surprise, tous les soirs, on mange des pommes de terre cuites dans la cocotte en fonte de Varigney avec du lard du cochon qu'on a tué pour Noël et qui a été salé dans la ballonge en bois.

     Dans la matinée , elle est allée laver son linge à la fontaine du village , près de la mairie, c'est là aussi qu'on va chercher l'eau avec un seau pour la cuisine et la toilette ou qu'on la tire de son puits.. La toilette n'est pas un souci majeur. On se lave surtout le dimanche pour aller à la messe.. C'est à l'abreuvoir de la fontaine qu'on va faire boire le bétail et aussi qu'on apprend les nouvelles du village.

     L'eau est un gros problème pour Dampierre, en été la fontaine manque d'eau et il faut aller chercher l'eau et abreuver les animaux dans les fontaines plus basses : sur « Le Rain »,  « Auremenaux », «  En Charmottes » et à la « Fontaine du Bois' ; Quelle corvée !

     Rosalie vit et travaille comme l'ont fait sa mère et sa grand-mère. Il n'y a aucune raison que , parce qu'on est en 1900, que ça change : la maison , les enfants, le travail des champs, la traite, la basse-cour, voilà son lot quotidien. Si elle avait pu imaginer les progrès domestiques de ce siècle : le butane, le lave-linge, le lave-vaisselle, le réfrigérateur, le congélateur, le micro-onde, le chauffage central, les appareils ménagers etc...

Jules a lu que des femmes qu'on appelle suffragettes réclament le droit de vote .... Pis quoi encore ?

     Ce 20°siècle verra l'évolution de la condition féminine : le droit de vote accordé par Charles DE GAULLE en 1945, l'entrée dans le monde du travail, l'allégement des tâches ménagères, la liberté de maîtriser la natalité, des femmes au conseil municipal et même maire !! ...Je ne suis pas sûr que notre brave père HUGOT ait apprécié toute cette évolution...

     Tout à l'heure , au café , chez GENTILHOMME, en face chez moi, il retrouvera Louis JULLIEN, son adjoint, et sans doute la plupart des membre de son conseil municipal: Jules BOBAND, Delphin BAILLAND, Jean-Baptiste MARIE, Joseph CALAND dit Dadey, Joseph THEVENOT, Emile ANTOINE, Joseph MARQUAND et Pierre Joseph BAILLAND (celui là, il ne l'aime guère depuis qu'il s'était présenté comme Maire contre lui ) et peut-être Albert MASSARD de Varigney et Augustin GATEY, l'instituteur, secrétaire de Mairie. Albert RICOT, maître de forges à Varigney, doyen du conseil, ne fréquente pas les cafés de Dampierre.(*)

     Ils évoqueront la prochaine réunion du conseil municipal au cours de laquelle on parlera de la distribution de pain aux indigents. Jules pense qu'on ne devrait plus avoir ce problème au 20° siècle.Combien se trompe-t-il malheureusement...

Il faudra aussi trouver 200F pour réparer la fontaine lavoir du bois. On vendra du bois dans les réserves et un titre de rente à 3% que la commune avait acheté il y a 2 ans.

     Jules HUGOT pense à ses concitoyens. A Dampierre, ils sont presque tous paysans comme lui. On a tous le même mode de vie. On s'entend généralement bien même si on se jalouse un peu et si les opinions politiques ( droite et gauche) créent des dissensions au moment des élections...

     A Varigney, c'est différent, ce sont des ouvriers, on s'en méfie un peu.Il y aurait même des « partageux » parmi eux. Pourtant , ils ne sont pas malheureux, ils ont de bons patrons qui les logent,les soignent, pourvoient à leur instruction scolaire et religieuse. Les garçons sont embauchés à l'usine et les filles comme domestiques dans les familles des patrons. Les dames font des visites aux malades et apportent de petits cadeaux aux accouchées. Que veulent-ils de plus ? On est loin de misère décrite par ZOLA dans ses livres.

     Ce 20° siècle qui se termine a vu plus de progrès que les 19 précédents et les années 2000 verront sans aucun doute l'accélération des sciences et des techniques. Nous utiliserons des appareils encore à inventer et nos enfants et petits enfants exerceront des professions qui n'existent pas encore.

Souhaitons que les hommes seront assez raisonnables pour mettre ces progrès au service de l'humanité, de la santé, du bien être et de la paix.

 

 (*) Jules HUGOT sera réélu Maire en Mai 1900 pour son dernier mandat de Maire ( 4 ans à l'époque)   avec Emile ANTOINE comme adjoint. Les conseillers élus sont : Albert RICOT , Albert MASSARD, Jules BOBAND, Constant BRETEY,  Léon MARIE,  Pierre Josph BAILLAND, Amédée CACHOT, Joseph CALAND dit Dadey, Alfred CALAND et Henri MAILLOT.

 

 

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