Promenade en HAUTE COMTE 1851

création : 06/12/2017

     

                                        PROMENADE EN HAUTE COMTE en 1851

                                                         .......et DES LEGENDES

 

 

                                      PROMENADE à FOUGEROLLES

 

     Pendant la floraison des cerisiers, c'est surtout la route de Fougerolles qui devient la promenade favorite des habitants de Luxeuil. Mais, quelle que soit l'époque de l'année, elle offre toujours des points de vue les plus pittoresques. La commune compte de six à sept mille habitants disséminés sur une une grande étendue de terrain. Les maisons qui forment le village sont peu nombreuses ; les autres habitations sont cachées dans des bouquets d'arbres et ne décèlent leur présence que par les colonnes de fumée qui s'élèvent au-dessus. C'est dans cette localité et les communes environnantes que croissent des millions de cerisiers (1) qui, chaque année, répandent dans le commerce quatre à cinq mille hectolitres de kirsch.(1) Cette commune est aussi celle qui produit la plus grande quantité de divers fruits qui se consomment dans le pays.

     Fougerolles, distant de huit kilomètres de Luxeuil, est placé sur la limite du département que la jolie rivière La Combeauté sépare de celui des Vosges.

Il ne présente à la curiosité des voyageurs que la pittoresque distribution de ses habitations au milieu des bois. On dit que c'est la race la moins mêlée des anciens séquanais dont beaucoup se réfugièrent au fond des forêts pour se soustraire à la fureur des hordes barbares qui ravagèrent le pays à différentes fois dans les premiers siècles de l'ère chrétienne.

     A peu de distance de Fougerolles, sur la gauche de la belle vallée dans laquelle coule la Combeauté, on remarque sur la montagne un vieux château féodal qui, autrefois, était le séjour des seigneurs du pays et qui maintenant appartient à M. Vergain, maire de Luxeuil.

     Du haut de vieux manoir, on aperçoit une grande partie de la vallée au-dessus de laquelle il est placé. En continuant de parcourir ce délicieux vallon ressemblant plutôt à un parc anglais qu'à un terrain agricole, on arrive au Val d'Ajol.

 

                               PROMENADE à FONTAINE et à LA GABIOTTE

 

     Cette promenade se fait ordinairement à pied parce qu'elle n'est éloignée que de cinq à six kilomètres de Luxeuil.

Avant d'arriver à Fontaine, on se trouve placé sur un terrain élevé, d''où l'on découvre une vaste plaine parsemée de nombreux villages dont les campagnes bien cultivées annoncent une laborieuse population. On assure que l'Empereur Napoléon avait eu l'intention de faire construire en cet endroit un château impérial et d'y établir un camp dans la prévision d'une invasion étrangère. Près de là, sur la route, on rencontre une carrière en voie d'exploitation où une eau excellente coule continuellement à travers les fissures de la pierre ce qui rappelle « La Roche qui pleure » au souvenir de ceux qui connaissent la forêt de Fontainebleau.

     Au- dessous de cette élévation, on aperçoit Fontaine, beau village de mille à douze cents habitants. Autrefois, il s'y trouvait un prieuré dépendant de l'abbaye de Luxeuil que Saint Colomban fonda en 591.

     Cet ancien prieuré, devenu propriété particulière, vient d'être acheté récemment par M. Marquiset, homme de beaucoup de goût, qui l'a restauré et transformé en une espèce de joli castel. Pendant les travaux de terrassement, on a trouvé des pierres tumulaires dont quelques unes ressemblent à celles qu'on découvre à chaque instant à Luxeuil et qui indiquent que là aussi le culte païen avait été remplacé par le christianisme.

     Ceux qui se contentent de la vue de Fontaine de dessus le tertre qui le domine, s'enfoncent à droite dans la forêt de La Gabiotte comprise dans le triangle formé par la route de Fougerolles, celle de Fontaine et la rivière La Combeauté. Ils y trouvent de frais ombrages et de belles allées.

     Au milieu de cette riche végétation, on rencontre un grand nombre de ruisseaux et de fontaines qui font le charme et l'ornement de toutes les forêts qui nous entourent. La Gabiotte renferme la Fontaine des Romains, de César, des Trois-fontaines, d'Apollon, du Miroir et la Fontaine Clerc.

     On en trouve aussi beaucoup d'autres qui ne sont désignées par aucun nom, surtout aux environs du Rocher de Combeauroche, lieu sauvage, mais de l'aspect le plus pittoresque dont je vais emprunter la description à la plume élégante et spirituelle de M. Armand Marquiset,. On lira avec plaisir cette description à laquelle l'auteur a su mêler une légende de Saint Colomban et une autre rappelant les fredaines d'une espèce de Robin-des-Bois fantastique dont on trouve les analogues dans tous les pays de forêts.

     «  Parmi les curiosités naturelles de Fontaine, il ne faut pas oublier d'aller visiter la Combeauroche, colossal rocher dont la croupe informe suspendue au flanc d'une montagne, se dessine au milieu du Bois de la Grande-Gabiotte, à moitié chemin à peu près de ce village à l'ermitage de St Valbert, pieuse solitude cachée dans les arbres et la mousse et du haut de laquelle la vue plonge sur un paysage riche et varié. La pierre de Combeauroche présente, à sa base, une excavation en forme de four qui sert d'abri pendant l'orage aux bûcherons et aux voyageurs. Le diable, dit-on, vient un soir rôder près de ce lieu, il était à la piste de Saint Colomban qui cherchait alors au milieu des forêts et des vallons déserts un site propre à l'établissement de son troisième monastère. En l'apercevant, Saint Colomban se mit à sa poursuite mais le malin esprit fuyait avec la rapidité de la flèche. Arrivé près de la Combeauroche qui semblait lui barrer le passage, le diable, sans s'inquiéter de ce formidable obstacle, franchit le rocher d'un seul bond, ce que le saint ne put faire.Il disparut à travers la feuillée en poussant de longs ricanements. On montre encore aujourd'hui, comme preuve de cette monstrueuse enjambée, l'empreinte d'un des pieds du chef de la milice infernale, enfoncée dans le roc... »

 

     « Il existe, nous a-t-on dit, au plus profond du Grand-Bois, un esprit follet dont la demeure habituelle est dans le tronc d'un vieux chêne ou dans le creux d'un rocher.Il ne sort jamais de sa mystérieuse retraite qu'après le coucher du soleil, à la lumière des chauves-souris et des hiboux. Le costume qu'il préfère est celui d'un chasseur de nos contrées : une blouse bleue serrée à la taille par une ceinture de cuir fait ressortir ses formes sveltes, élancées, gracieuses et il s'appuie avec aisance sur une longue carabine.Sa tête est couverte d'un feutre gris à larges bords qui ne permet pas de distinguer les traits de son visage et ses yeux dont les étincelles se détachent dans l'ombre, trahissent seuls sa féerique origine.Le sylphe(2) du grand-Bois apparaît quand l'orage se montre à l'horizon et que déjà le vent siffle dans les arbres. Il se tient le plus souvent sur la lisière du taillis et le long de la grande route ou des chemins les plus fréquentés. Ses chiens se sont perdus en courant un lièvre ou un chevreuil, dans sa détresse trompeuse, il les cherche avec inquiétude, il les appelle à gorge déployée et ses cris font retentir tous les échos du voisinage.

     Si un passant attardé se laisse prendre à ce piège et se jette dans la forêt pour prêter aide et secours à ce chasseur désolé c'est alors que le malin esprit l'attire de sa voix la plus douce, la plus caressante puis l'entraîne au lieu le plus obscur du bois où il se dissipe aussitôt en poussant des plaintes étranges après avoir égaré le campagnard pâle de peur et d'effroi.

     Un habitant de Fontaine a vu et entendu le sylphe du Grand-Bois, sa frayeur a été si horrible qu'il s'est pris à courir comme un fou et s'est élancé, la tête perdue dans un four entr'ouvert où il serait encore si un des valets de la ferme prochaine ne l'eût aidé à sortir de son étroite prison ... »

 

                                        PROMENADE à SAINT LOUP

 

     Les baigneurs poussent quelquefois leurs excursions jusqu'à Saint Loup, petite ville à douze kilomètres de Luxeuil, baignée par la rivière l'Augronne. Sa position parut assez forte aux romains pour y bâtir un « castrum » qui, plus tard, devint une vaste forteresse dans laquelle les habitants se retirèrent lors de l'invasion d'Attila. Ils osèrent braver la fureur de ce barbare mais, victimes de leur carnage,ils furent tous massacrés.

     Cette ville, dans l'antiquité, s'appelait « Granum », nom qu'elle conserva jusqu'à la mort de Saint Loup, évêque de Troyes,qui, par ses prières arrêta les progrès d'Attila.
     Sur le Mont Amaran, qui domine la ville, était autrefois un château féodal élevé probablement sur les ruines de l'ancienne forteresse romaine, car on a trouvé dans les fondations l'indestructible ciment qui en est le cachet.

 

                                            PROMENADE LE LONG DU PLANEY

 

     A deux kilomètres de Saint Loup, vers le sud-ouest, au pied d'une colline gracieuse et boisée, se trouve la source du Planey, l'une des plus curieuses de France.

     C'est un gouffre profond, d'environ cent mètres de tour et d'une profondeur inconnue d'où jaillit une telle abondance d'eau qu'à quelques mètres de son point d'émergence, elle met en mouvement un moulin à plusieurs tournants. Cette source roule lentement ses eaux bleues et limpides à travers une prairie d'environ trois kilomètres d'étendue en y décrivant un assez grand nombre de sinuosités.

     Le Planey, après avoir prêté ses eaux à l'usine de Varigney, un des plus riches hauts-fourneaux du département, va se confondre avec la Semouse et l'Augronne réunies. Ses brochets , ses truites, ses énormes écrevisses à pattes rouges sont fort recherchés par des gourmets

     Souvent, à l'époque des grandes chaleurs, cette petite rivière déborde et inonde au loin la plaine, phénomène attribué à la fonte des neiges dans les montagnes des Vosges avec lesquelles doit exister quelque communication souterraine. Cette eau ne gèle jamais,même dans les hivers les plus rigoureux. Elle offre constamment quelques degrés de température au-dessus de celle des rivières environnantes, preuve certaine qu'elle vient d'une grande profondeur.

     Comme tous les sites extraordinaires, celui-ci a donné lieu à de nombreux contes fantastiques que répètent aux touristes les crédules paysans des environs.

     En voici un des plus anciens que je dois à M. Boulangier, principal du collège de Luxeuil, né sur les lieux et qu'il a entendu raconter maintes fois dans son enfance.

     « …Dans les nuits profondes d'hiver ou d'orage, on entend au petit village de Lapisseur ( 3) sortir de la forêt qui longe le Planey des hurlements de chiens qu'accompagne par intervalle la voix d'un chasseur furieux. C'est le chasseur du Triquet. Ces accents d'abord vagues, se rapprochent bientôt et deviennent effrayants mêlés qu'ils sont souvent à l'horreur de la tempête. Parfois, ils vont finir vers le Planey, plus fréquemment, ils semblent toucher au moulin bâti sur l'Augronne. Alors, les cris de la meute infernale, ceux du chasseur se confondent tout à coup avec un bruit semblable à celui de corps pesants tombant dans l'eau. Puis tout cri cesse : chasseur et chiens se sont précipités dans le gouffre... »

Quelques habitants moins crédules expliquent ainsi cette légende :

     « … Au- dessus de la colline qui domine le village et qu'enserrent si gracieusement l'Augronne et le Planey se trouvait un château fort séjour d'un seigneur aussi rude justicier que rude chasseur. Pour lui, les serfs du village étaient chose non seulement taillable à merci mais faite pour amuser ses caprices. Redouté pendant sa vie à cause de ses sanglantes cruautés, il devint, après sa mort, pour tous ceux qui l'avaient connu, un objet d'épouvante, un fantôme terrible, un chasseur infernal qui venait se précipiter dans le gouffre où il noyait naguère les malheureux paysans pour la moindre infraction à ses capricieuses volontés... »

 

                               PROMENADE à LA FORGE DU BEUCHOT

 

     Cette forge qui appartient à M. Demandre, est à six kilomètres de Luxeuil. On peut y aller en passant par Fontaine en suivant une jolie route pratiquée tout le long d'une verdoyante vallée : c'est celle que prennent les voitures. Les personnes qui aiment les promenades pédestres dans les bois passent par la grade tranchée de la forêt des Sept-Chevaux, au bout de laquelle, prenant le sentier à droite, ils arrivent en haut d'un ravin qui domine le bassin dans lequel est située la forge du Beuchot dont les constructions sont assez nombreuses pour lui donner l'apparence d'un village.

     Ce bel établissement métallurgique est placé sur le bord d'un étang qui occupe une grande partie de la vallée. Les collines verdoyantes qui l'entourent en font un paysage des plus pittoresques. C'est du Beuchot, dit-on, que sortirent les premiers boulets de canon, ce qui ferait remonter sa fondation vers l'année 1350, époque de la bataille de Crécy où les anglais se servirent les premiers d'artillerie contre l'armée de Philippe VI dit de Valois.( 4)

Le propriétaire et les employés s'empressent de montrer aux étrangers comment ils transforment la fonte en barres de fer de différentes dimensions. C'est un spectacle qui excite bien vivement la curiosité de ceux qui voient fonctionner pour la première fois ces énormes martinets dont le mouvement est plus ou moins accéléré par une force extraordinaire.

 

Sources : Bibliothèque Nationale de France : « Luxeuil et ses bains » de P .J. CHAPELAIN, 1851 ( inspecteur de l'établissement thermal de Luxeuil, Chevalier de la Légion d'Honneur, docteur en médecine de la faculté de Paris, membre du conseil médical de Paris et de plusieurs sociétés savantes)

 

Notes : Ce livre a été édité pour les curistes.Outre la documentation sur le thermalisme de Luxeuil , il propose des visites dans les environs.

              Les extraits ont été recopiés intégralement.

(1) C'est exagéré ...

(2) le sylphe est un esprit de l'air à figure humaine . Il fait partie de la mythologie gauloise.

(3) La Pisseure

(4) La bataille de Crécy a eu lieu le 26 août 1346 entre les troupes françaises d u roi Philippe VI de Valois et les troupes anglaises de Edouard III d'Angleterre. Elle marque le début de la guerre de Cent Ans. La large victoire anglaise a été surtout due aux archers gallois et au manque d'organisation des troupes françaises pourrtant beaucoup plus nombreuses.. Aucune chronique anglaise ne fait état de l'utilisation de l'artillerie au cours de cette bataille. Il en est seulement fait mention par le florentin Giovanni Villani qui n'avait pas assisté à la bataille …

La première utilisation française des bombardes aurait eu lieu en 1324 au cours de la bataille de Guyenne. Est-ce que les boulets venaient du Beuchot ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PROMENADE EN HAUTE COMTE en 1851

 

et DES LEGENDES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires (1)

François DAVID
  • 1. François DAVID | 02/03/2018
Bonjour et bravo pour le travail immense et précieux que vous avez fourni.

Je suis directeur d'école à Fontaine-les-Luxeuil et je souhaiterais savoir de quelle source proviennent les écrits d'Armand Marquiset relatifs au Sylphe des Grands Bois et au rocher de Combeauroche auxquels vous faites référence dans ''Promenade en Haute Comté 1851''.

Merci d'avance pour votre aide.

Ajouter un commentaire