SAINT LOUP, le Père Grégoire guillotiné.

création: 27/09/2018

 

                                                                           

                                                                       Le Père GREGOIRE de St Loup guillotiné en 1796

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    Pierre-Joseph Cornibert, né le 12 octobre 1760 à St Loup sur Semouse est le fils de Claude-Antoine Cornibert, cloutier et de Jeanne-Claude Ferry, parents profondément chrétiens. Il est baptisé le 13 octobre, son parrain est Pierre-Joseph Chauvey et sa marraine Marguerite Daval.

Sa mère décède en 1770. Elle était parente de Frère Pacifique Ferry, récollet guillotiné  sous la Terreur.

    Le Père Léopold de Chérancé présente St Loup comme « une petite ville située au pied des Vosges, à l'entrée de vastes forêts que défrichèrent au VII° siècle les moines de St Colomban . Elle renfermait déjà avant la Révolution une population ouvrière assez dense.»

    Pierre-Joseph fréquenta à St Loup, l'école indépendante que le clergé entretenait à ses frais sous la direction d'un régent. Les élèves y apprenaient la grammaire, les mathématiques et le latin. Il se montra assidu au travail, avide de s'instruire. Il faisait la morale à ses camarades.

    En 1780, il refusa d'entrer dans une des grandes abbayes à Saint Arnoux ou à Saint Vincent de Metz.. Il partit pour St Claude où il fut admis au noviciat des capucins sur recommandation du curé de Saint Loup.  Il prononça ses vœux et prit le nom de Frère Grégoire.

    Pendant six années, il étudia la philosophie et la théologie.

    Il est ordonné prêtre en 1786. Sur l'invitation du curé Descharrières, il célébra sa première grand'messe à Saint Loup devant son père et sa nouvelle belle-mère Marguerite Laurent originaire de Ruaux.

    De retour dans son étroite cellule à Saint Claude, il reprit ses études.

    Pour lui, la Révolution de 1789 fut une horreur...Un décret du 13 février 1790, proclama la dissolution des communautés religieuses. Expulsé de Saint Claude ainsi que ses confrères, du début 1791 à août 1792, il rejoignit Vesoul, un des rares couvent qui avait été épargné.

    A Vesoul, Jean-Baptiste Flavigny, avant chanoine à la collégiale Saint Georges, fut élu évêque de Haute Saône le 13 mars 1791. Le Père Grégoire s'y opposa en s'appuyant sur la condamnation formelle du pape pie VI. En retour, l'évêque nomma à Saint Loup, en novembre 1791, un administrateur légalisé issu de la même famille religieuse afin d'éliminer le curé en place...

    Flavigny accusa les capucins et en particulier le Père Grégoire de violer les lois, de braver l'Assemblée Nationale. Un arrêté du Directoire départemental interdit au père Grégoire et à ses confrères l'exercice du culte dans leur chapelle et en août 1792, ferma le couvent pour le mettre aux enchères comme propriété nationale.

    Le refus du serment « Liberté-Egalité » entraînait la déportation en Guyane. Des capucins s'expatrièrent, d'autres se cachèrent dans des familles. Ce fut le cas du Père Grégoire qui se réfugia à Vellefrie près de Vesoul où il demeura 18 mois chez Bonaventure Boillon. Le dimanche, on venait des localités voisines assister aux offices. Vellefrie fut qualifié de « Petite Rome ».

    Il gardait pour St Loup, sa paroisse natale, une vive affection. Il s'y rendit à plusieurs reprises malgré la Terreur, en particulier pour le décès de son père âgé de 68 ans en 1792.Dès la pointe du jour, il s'esquivait et se cachait dans les bois voisins.

    A la chute de Robespierre ( 10 thermidor An II, 28 juillet 1794), plusieurs prêtres réfugiés en Suisse profitèrent de l'accalmie pour rentrer en France. Le Père Grégoire, suite au décès de l'abbé Duvernoy s'installa à Velorcey chez une dame Briaucourt. Il exerça aussi dans les paroisses d'Abelcourt, Villers, Visoncourt, La Villedieu.

    Il s'efforça de réconcilier avec l'Eglise des prêtres assermentés. Ce fut le cas de Pierre-François Michaud, vicaire d'Anjeux, puis curé de Meurcourt qui se rétracta le 19 septembre 1795 à Abelcourt.

    La vie du Père Grégoire n'était pas sans danger. Il fut poursuivi à Breuches, à Villers les Luxeuil, à Velorcey. Une fois de Meurcourt à Conflans, une autre fois, il reçut un coup de fusil à la main par un homme dont il venait de confesser la femme très malade...

    Le 11janvier 1796, à 9 heures du soir, il arrivait à La Villedieu en Fontenette chez la veuve Parcheminey. Il fut reconnu. Le maire jacobin avec une escorte de paysans armés s'emparèrent du religieux et le lendemain 3 gardes nationaux l'emmenèrent à Vesoul où il fut déféré au Directoire départemental puis au greffe du tribunal criminel où Blandin, accusateur public, l'interrogea, puis il fut conduit à la maison d'arrêt voisine où il partagea sa cellule avec d'autres prêtres dont Girard de Vauvillers, l'ex vicaire de Fontenois la Ville.

    Il fut traduit au tribunal, le 22 nivôse an IV ( 13 janvier 1796).Il fut défendu par le citoyen Coquillard. Sur les conseils de l'avocat, il déclara qu'il avait signé le serment « Liberté-Egalité », mensonge qui l'aurait sauvé. Mais, il se rétracta ce qui amena le tribunal à le condamner à mort le 25 nivôse an IV (16 janvier 1796). Condamnation qu'il pardonna à ses juges

    L'exécution eut lieu le même jour, à trois heures de l'après-midi, à la guillotine installée Place du Palais de justice. Exécution qui provoqua un grand émoi dans la population. Les catholiques accoururent au pied de l'échafaud pour y tremper des linges dans le sang ou arracher des lambeaux de vêtements.

    L'abbé Charles-Frédéric Boudot, aidé de Jean-Baptiste Juif, de Jean-Baptiste Sil... ( le reste du nom est illisible), de Jeanne Juif et de Thérèse Rebillot allèrent de nuit pour récupérer le corps du Père Grégoire. Devant les difficultés et la peur d'être surpris, ils n'enlevèrent qu'une partie du corps qu'ils transportèrent à Vaivre chez une famille chrétienne et fut conservée dans la chaux vive. Il fut enfin remis aux capucins après leur rétablissement à Besançon vers 1870.

    En 1896, le centenaire de sa mort fut célébré à Ainvelle, à Vesoul et surtout à St Loup.

 

Sources :

-L'essentiel du récit est tiré de «  Nos martyrs 1789-1799 » ouvrage de Léopold de Cherancey (Bibliothèque Nationale de France)

- photo L'est Républicain

 



 

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