ST LOUP & le textile 1788

   création : 02/10/2018

                 

                                SAINT LOUP et le textile en 1788.

 

          Lettre du curé Joseph Claude DESCHARIERES de Saint Loup, du 11 avril 1788, à propos des établissements textiles.

     « Vous me demandez s'il existe à Saint Loup et au voisinage des entrepreneurs en soie, laine fil et coton qui ont acquis de la réputation et se sont distingués de père en fils par la qualité de leurs étoffes et l'étendue de leurs débouchés, j'ai l'honneur de vous répondre :

     1°) Que l'on ne fabrique point de soie à Saint Loup ni au voisinage

     2°) Que l'on fabrique ici du droguet (1), des toiles damassées et communes de chanvre et laine, qu'une dizaine de fabricants ou entrepreneurs s'en occupent et font travailler dans les années favorables à leur commerce 100 métiers battants dont chacun entretient 8 à 10 personnes, la plupart de Saint Loup.

     Cet établissement (2) d'autant plus intéressant qu'il fait vivre un milieu de sujets du Roi de la classe la plus pauvre et qu'avant de recourir aux laines étrangères, il consomme de préférence celle du pays . Il a cependant éprouvé depuis un an une si grande diminution par la cherté des matières premières surtout de la laine, par le haut prix des vivres et principalement par la concurrence des étoffes anglaises qui pénètrent aux foires du voisinage, que toute une paroisse et le canton s'en sont ressentis au point que je me suis cru obligé de demander des secours au ministère comme vous l'avez su, mais jusqu'à présent sans succès...

     J 'ai assemblé ces différents entrepreneurs pour leur demander les privilèges dont ils jouissent et les moyens d'encourager leur commerce, ils m'ont répondu que par une ordonnance de M. de Bognes du 30 mai 1756, il leur est permis, d'après l'usage, de conduire à Fontenoy (3) leurs étoffes avec un certificat du Maire et échevins qu'elles sont de leur fabrique ; et de ramener celles qu'ils n'y auraient pas vendues avec les mêmes certificats.Voilà le privilège.Voici l'obstacle : comme on a refusé de leur donner un ...(4) si leurs étoffes n'étaient pas plombées, ils s'y sont soumis et on les plomba sans frais, mais comme ils sont sujets à vendre en détail et par les deux bouts de chaque pièce qui varie souvent de qualité,lorsqu'ils ramènent des foires de la Lorraine des coupons non plombés quoique de leur fabrique et avec les certificats susdits, ils sont exposés à des procès verbaux et saisies de la part des employés des Fermes du roi ce qui devient toujours dispendieux quand on obtient mainlevée.             Pour éviter ces inconvénients, ils vendent souvent à très bas prix ces coupons en Lorraine. Pour éviter cette perte, ils désirent d'être dispensés de plomber et ils l'espèrent d'autant plus qu'on n'y assujettit pas les fabriquants (5) de Luxeuil et Vauvillers aussi voisins de la Lorraine.

     La vente de cet établissement ne remonte pas au delà de 40 ou 50 ans, auparavant chaque famille faisait faire du droguet pour son usage seulement et non pour le commerce.

     3°) Depuis un an, on a commencé à fabriquer des toiles de coton à l'instar de celles d'Alsace et cela ferait en cette partie de la province le plus grand bien mais Monseigneur l'Intendant, d'après l'avis du Directeur des Fermes, refuse de leur accorder le privilège de plomber crainte de la contrebande à cause du voisinage de la Lorraine, mais Héricourt qui a le même privilège et qui s'en trouve si bien est aussi proche de l'Alsace que nous de la Lorraine et la chute sensible de nos fabriques de droguet doit engager Monseigneur de Saint Ange à favoriser par le plomb celles des toiles de coton qui commencent ici et qui tomberont sans cela.... Parlant de commerce, vous savez sûrement le très mauvais état des routes.... »

Notes : Je ne sais pas à qui était adressé ce courrier

1-le droguet est un tissu de médiocre qualité fabriqué du XVI° au XIX° , étoffe grossière à bas prix, à chaîne de chanvre et trame de laine

2-l'ensemble des entreprises

3- Il s'agit de Fontenoy le Château ( 88)

4- illisible, mot signifiant autorisation

5- orthographe de l'époque, aujourd'hui fabricants

sources : Archives Départementales de Haute Saône

 

 

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